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« Durant des semaines, il a pensé à elle, regrettant son agressivité, son incapacité à prendre sur lui, lorsqu'il réalisa qu'elle avait compris. Compris ce qu'il était. Quel monstre ignare il était. À l'instant où la terre s'ouvrit sous ses pieds, il détesta Sybille, pour avoir deviné. C'était comme si elle l'avait vu nu dans un très mauvais jour. Dans ce genre de lumière blanche qui déforme le visage et la silhouette, faisant ressortir tous les défauts du derme et du squelette, au point que le spectateur, navré du spectacle qui s'offre à lui, entre en contact avec ce qu'il y a de plus intime et souvent de plus méprisable en l'autre. Une sorte de laideur abstraite, rentrée sous la peau, que seule l'âme capture.  »

Léo a vingt ans, vit dans une cité de la porte Saint-Ouen et a déjà cumulé les handicaps. Abandonné à six ans, il est recueilli par sa grand-mère analphabète, aimante mais le maintenant dans l'ignorance. À l'école, Léo fait vite illusion et cache ses lacunes grâce à une bonne mémoire auditive.

Léo grandit, se déscolarise... les lettres s'effacent de sa mémoire, comble pour un ouvrier d'une usine d'imprimerie.

Un jour, remplaçant un collègue, il se coupe deux doigts, n'ayant pas su lire les précautions d'usage de la machine. Cet événement lui permet d'entrer en contact avec Sybille, sa voisine infirmière qui le soigne. Sybille finit par découvrir le terrible secret de Léo et, avec l'aide de la concierge Mme Ancelme, elle le persuade de suivre des cours d'alphabétisation. Une porte vers la connaissance et la liberté s'ouvre pour Léo mais son amour pour Sybille et son manque de confiance vont le faire progressivement sombrer.

Cécile Ladjali nous livre un conte tragique d'une cruelle modernité, servi par une puissante écriture. On en ressort bouleversé et révolté.

À une ère où on communique à tout va, on a tendance à oublier que beaucoup de personnes sont sur le bord du chemin, n'ayant pas réussi à acquérir les fondamentaux leur permettant d'être les maîtres d'eux-même.

Un roman qui montre la nécessité d'aider les jeunes en difficultés scolaires.

 

« Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres » - Voltaire



Cécile Ladjali – Illettré– Actes Sud – 212p.