Coup de cœur – Hiver littéraire 2016

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« Il me semble aujourd'hui que, grâce à ce récit libre dans sa forme, dans son agencement et dans son déroulé, non seulement je force Eugène à rester auprès de moi, je le maintiens sous une sorte de respirateur artificiel, dans un coma qui n'est pas tout à fait la mort, mais je reprends aussi les travaux de la maison. J'avance sans doute moins vite, et travaille moins bien que lorsque nous étions deux. Mais je continue. Dans le même mouvement, le texte devient le lieu de notre amitié. Eugène est là, dans les pages, les lignes, ou entre elles. »

Le narrateur débute son récit par la visite de l'île de Sulawesi où vivent les Toraja. Un arbre majestueux sert de sépulture pour les jeunes enfants. On les dépose dans le tronc, on recouvre de branchages et, au fil du temps, l'écorce se referme sur eux. Commence alors le voyage de ses petits êtres vers les cieux au rythme de la croissance de l'arbre. Ainsi, la vie poursuit son chemin malgré et surtout avec les morts.

C'est par cette réflexion que le narrateur, cinéaste, expose sa confrontation à la maladie puis à la mort de son producteur et meilleur ami Eugène. Dans un récit complètement libre où alternent le présent et le passé, le cinquantenaire fait le point sur sa vie : son amitié avec Eugène, son rapport à la mort et au corps vieillissant, ses amours avec Florence et la jeune Elena qu'il estime ne pas mériter.

Philippe Claudel, par une écriture toujours aussi belle et fluide, nous offre une profonde réflexion sur la mort, le deuil mais surtout la vie.

Notons également des passages lumineux sur quelques acteurs, cinéastes ou écrivains. Par exemple, la rencontre particulière entre Eugène et Milan Kundera est très touchante.

Je remercie les éditions Stock de m'avoir permis de lire ce nouvel opus de l'un de mes écrivains contemporains préférés.

 

Philippe Claudel – L'arbre du pays Toraja – Stock – 216 p.