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L'auteur : Colombe Schneck, née le 9 juin 1966, est une journaliste française de radio, une écrivain sélectionnée et récompensée par plusieurs prix littéraires : elle est l’auteur de six romans dont La Réparation (Grasset, 2012).

 

Quatrième de couverture :

« On m’a élevée ainsi : les garçons et les filles sont à égalité. Je suis aussi libre que mon frère, ma mère est aussi libre que mon père. C’est faux. Je suis une fille, pas un garçon. J’ai 17 ans, mon corps me trahit, je vais avorter.


 J’y pense toujours, je n’en parlerai jamais à personne. Parfois, je ne suis pas loin de dire le mot, de le partager  avec une amie proche. Et puis non, je renonce. Pourquoi ce silence ? »

Mon avis :

Dans ce roman court, Colombe Schneck évoque avec pudeur les souffrances psychologiques liées à l'avortement, même quand celui-ci n'a suscité aucun regret.

Enceinte à 17 ans, Colombe a la chance de vivre dans une famille aisée parisienne et ouverte d'esprit (même si finalement le silence sur cet acte sera omniprésent par la suite, notamment chez sa mère), rendant l'accès à l'avortement plus facile. En 1984, avorter est un parcours du combattant pour trouver un praticien volontaire. Hélas, trente ans après, il est toujours difficile d'effectuer cet acte... beaucoup de médecins sont réticents, on fait culpabiliser la femme (vue comme étant la seule responsable de son état) et on fait avorter souvent les femmes au milieu des maternités, entourées de cris de bébés. De plus, ce droit est fragile, régulièrement en danger et tabou. Annie Ernaux, qui a subit un avortement en 1964, avait écrit un livre L'évènement en 2000 dans le silence le plus absolu. Au moment où Colombe interroge Annie, le droit à l'avortement est remis en cause en Espagne et un débat en France porte sur la notion de « détresse » qu'on souhaite enlever mais qui réveille certains conservatismes. Ces enchaînements d'événements font naître chez Colombe l'envie de raconter son avortement mais surtout les traces qu'il laisse. Trente ans après, malgré une vie parfaitement heureuse et un avortement non regretté, elle avoue penser régulièrement à cet enfant, à ce qu'il aurait pu être (elle se l'imagine en garçon). Elle montre ainsi que l'avortement n'est pas un acte anodin mais que, pour elle, il était nécessaire afin de mener la vie qu'elle aspirait.