Divry - La condition pavillonnaire

L'auteur : Sophie Divry est née en 1979 à Montpellier. Elle vit actuellement à Lyon. Après La Cote 400, traduit en cinq langues, La condition pavillonnaire est son troisième roman.

Résumé :

La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. L'insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires : l'adultère, l'humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confort. L'héroïne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovary... Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble ?

Extrait :

« Car ces coïts te donnèrent bientôt le sentiment ; après avoir préparé le repas, débarrassé la table, rangé la cuisine et couché les enfants ; vu que tu n'y trouvais pas de libération, ni n'en recevais de merci ; le sentiment de faire un deuxième service. »

Mon avis :

Je suis ressortie de ce roman un peu bouleversée et mitigée. Surprise au départ par l'emploi du « tu », je me suis vite adaptée et j'ai trouvé que c'était une bonne manière de présenter la vie de cette M.-A des années 60 à son décès (bien après 2014). Les 100 premières pages ont cependant été pénibles à lire : l'évocation de son enfance, adolescence, ses années fac puis sa rencontre avec son mari, la mise en ménage, l'arrivée des enfants dans la pavillon acheté. En même temps, la vie de tout le monde est faite de routine donc je ne me suis pas laissée décontenancer. Après cette centaine de pages, on plonge dans l'installation de l'ennui de l'héroïne et dans son combat en vain pour lutter contre : elle s'essaie à l'adultère qui la laissera marquée psychologiquement pendant longtemps,elle tente des activités diverses et variées. Le pire, c'est qu'elle n'est pas vraiment malheureuse mais elle est prisonnière d'un quotidien qui lui pèse.

Ce qui m'a le plus profondément marquée c'est qu'on ne peut s'empêcher, surtout moi en tant que femme, de s'identifier au personnage, à sa routine, sa volonté de pimenter sa vie. La différence entre les femmes d'aujourd'hui et les femmes de son temps est la liberté plus accrue, même si cette liberté avec le travail, les tracas quotidiens et les enfants ne reste pas sans limite. La condition féminine des années 70 et 80 était plus difficile et la pression sociale forte.

Sophie Divry, malgré ce sujet lourd, a su insuffler à la fois de la sensibilité mais aussi une forme d'humour noir. Bien évidemment, l'influence d'Emma Bovary est prégnante : l'héroïne est appelée M.-A et une citation de Flaubert est présente dans l'ouvrage. Mais, ce roman m'a aussi fait penser au livre de Richard Yates, Revolutionnary Road, où le couple Wheeler, rempli de rêves, se laisse aller dans la routine de la vie en banlieue causant la mort du couple et bien plus.

Bref, même s'il faut s'accrocher, je ne peux que conseiller la lecture de ce roman...sauf si vous traversez des difficultés, notamment de couple... sinon c'est la déprime assurée !!