LES LECTURES DU MOUTON

05 juillet 2020

« Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » de Mathias Énard

« Alors tu souffres, perdu dans un crépuscule infini, un pied dans le jour et l’autre dans la nuit ». Un conte au lyrisme envoûtant qui s’ouvre sur la parole d’une jeune femme. La volupté est là, dans un recoin de Constantinople. Ses paroles s’adressent à un homme que le lecteur découvre avec surprise être Michel-Ange. Pourquoi pose-t-il les pieds à Constantinople un jour de mai 1506 ? Une invitation du sultan Bajazet pour un grand projet : la construction d’un pont sur la Corne d’Or. Il reprend le... [Lire la suite]
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28 juin 2020

« Buvard » de Julia Kerninon

« Je suis un enfant parce que c’est le seul mot que je trouve pour dire combien c’est bon d’aimer les choses les plus infimes, et d’en tirer du plaisir sans honte, mais aussi d’être soucieuse, comme les enfants seulement le sont, soucieuse, orageuse, légère ». Lou, un jeune étudiant, est fasciné par l’œuvre de l’écrivaine Caroline N. Spacek. D’une grande précocité, elle a livré des ouvrages à la beauté scandaleuse, à la perfection énigmatique. Sa vie est tout aussi secrète que sulfureuse, au point d’attirer les... [Lire la suite]
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25 juin 2020

« Le jour où le désert est entré dans la ville » de Guka Han

    Où est le désert ? « Il est par là… par là… un peu partout », répond un homme croisé dans la rue à la narratrice de Luoes, la première nouvelle de ce recueil qui en compte huit. Oui, le désert est partout dans les villes et dans les vies. Huit nouvelles et pourtant la sensation qu’elles forment une seule et même entité. La ville est le point d’ancrage. Elle est le décor froid, implacable des différentes histoires qui révèlent la dureté de nos sociétés où l’on ne communique plus ou mal, où aimer est... [Lire la suite]
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20 juin 2020

« Elles sont au service » de Fabienne Swiatly

Sorti dix jours avant le confinement, ce recueil résonne fort avec l’actualité. Elles sont au service des autres : aide-soignantes, caissières, infirmières, auxiliaires de vie ou de puériculture, prostituées, nounous, ouvrières, atsem, menuisières... Elles font ses métiers par choix ou par nécessité. Elles travaillent pour la satisfaction du travail accompli, de l'aide apportée. Elles sont au service des autres sans être reconnues à leur juste valeur. Invisibles ou presque. Métiers déconsidérés, métiers sous-payés car métiers... [Lire la suite]
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12 juin 2020

« Nos corps érodés » de Valérie Cibot

« En réalité, ce qui a eu lieu ici marque à la fois le crépuscule et l’aube. La clarté est venue de l’onde. Disons qu’une vague a tout emporté et que cette histoire-là, c’est celle de la vague ». Elle revient sur son île. Ce qu’il en reste du moins. De longues étendues de plages fermées, des falaises grignotées, des blockhaus qui s’effondrent. L’érosion est partout. Le sel, le sable et l’humidité viennent attaquer, menacer l’île et ses habitants. Ça sent l’iode, le salpêtre et la violence. Ça a le goût du béton, de... [Lire la suite]
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06 juin 2020

« Le seigneur des porcheries » de Tristan Egolf

Baker. Dans le comté de Greene. Dans la Corn Belt. Baker, une petite ville sinistre du Midwest où l’alcool fait des ravages ; où la violence et l’inceste sont légion ; où la mesquinerie, le racisme et la bêtise règnent en maîtres ; où la religion ne sert qu’à dépouiller les gens. Citrons, torche-collines, rats d’égouts, trolls, harpies méthodistes, telles sont les appellations que les habitants de Baker se jettent en plein visage. Dans cette contrée, un homme entre dans la légende : John Kaltenbrunner. Il n’a rien du héros :... [Lire la suite]
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31 mai 2020

« Midi » de Cloé Korman

« Qui meurt paye ses dettes ». William Shakespeare « Certaines dettes sont beaucoup trop élevées pour qu’on en vienne jamais à bout ». Cloé Korman. Claire est médecin dans un grand hôpital parisien. Elle retrouve Dom, un ancien amant en phase terminale d’un cancer. Ces retrouvailles inattendues et douloureuses la ramènent quinze ans plus tôt, à Marseille. Durant un été, son amie Manu et elle sont animatrices d’un stage de théâtre pour enfants, sous la responsabilité de Dom. Ensemble, ils montent la pièce La Tempête... [Lire la suite]
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24 mai 2020

« L’âge de la première passe » d’Arno Bertina

Un sujet casse-gueule : le regard d’un homme sur des femmes, le regard d’un homme sur des prostituées, le regard d’un blanc européen sur des filles d’Afrique noire. Tant d’écueils à éviter mais, Arno Bertina y parvient parfaitement pour livrer un récit remarquable. Plusieurs séjours avec une ONG au Congo pour évoquer une prostitution en périphérie des villes, loin du tourisme sexuel pour Européens : « je pensais que ce serait l’argent des expats et c’est l’absence d’argent des Congolais ». Pourquoi ces mineures,... [Lire la suite]
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18 mai 2020

« Île » de Siri Ranva Hjelm Jacobsen

« Toi ? Tu ne sais même pas prononcer ton propre nom ». Elle est danoise mais d’origine féroïenne par sa mère. Elle sait peu de choses sur la terre de ses ancêtres, sur cette famille restée sur les îles. Quelques souvenirs épars avec ses grands-parents notamment – sa omma et son papé. Avec ses parents, la narratrice refait le voyage vers les îles, en quête d'une partie de son identité : « Les racines frémissent et cherchent. Elles transportent les particules mortes d’une autre terre ». Ce roman est... [Lire la suite]
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10 mai 2020

« Parler peau » de Sabine Huynh

La peau, le corps. Nos meilleurs ennemis. D’eux, nous attendons tout, nous craignons tout. Des peaux et des corps à modeler, à mettre dans des cases. Des corps qu’on maltraite. Des peaux qu’on cache ou surexpose. Des êtres enfermés dans des cages dorées ou des cachots. Nous prêtons attention aux regards et aux mots mais, nous écoutons peu nos corps. Derrière leurs maux, les mots sont là : le corps est un langage. Un langage du silence ; le corps a tant à dire mais si peu de mots peuvent transcrire avec exactitude, avec... [Lire la suite]
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06 mai 2020

« Médée Kali suivi de Sodome, ma douce » de Laurent Gaudé

Deux pièces de théâtre sur des mythes revisités. Deux histoires de femmes. Deux histoires de vengeance. Deux monologues (+ les voix des enfants dans Médée Kali). Les réunir dans un même ouvrage tombait sous le sens. « Ce que j’aurais fait pour toi, Pour être à un homme comme toi Et pouvoir, la nuit, dans ta couche, caresser tes lèvres. Je suis belle. Je suis Médée Kali ». Médée revient sur le lieu de sépulture de ses enfants qu’elle a assassinés. Elle veut récupérer leurs corps pour les soustraire à leur père Jason... [Lire la suite]
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01 mai 2020

« Ève de ses décombres » d’Ananda Devi

« Tout cela est si bref. Quelques années dérisoires, à peine le temps d’ouvrir des yeux neufs sur la vie et, déjà, ce qui se présente à nos yeux est la mort. Notre alternative : soit la défaite, soit la conquête par la violence. Mais cette conquête-là n’en est pas une. C’est la résistance des désespérés. C’est ce que j’aurais voulu leur dire, à eux qui se déploient en ce moment à travers la ville avec leurs visages d’anges néfastes, pris dans leur faux rythme, la voix pétaradante de leurs machines annonçant l’échéance. Je... [Lire la suite]
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24 avril 2020

« Des arbres à abattre » de Thomas Bernhard

« Ils le voyaient bien : je suis l’observateur, l’ignoble individu qui s’est confortablement installé dans le fauteuil à oreilles et s’adonne là, profitant de la pénombre de l’antichambre, à son jeu dégoûtant qui consiste plus ou moins à disséquer, comme on dit, les invités des Auersberger. Ils m’en avaient toujours voulu de les avoir toujours disséqués en toute occasion, effectivement sans le moindre scrupule, mais toujours avec une circonstance atténuante ; je me disséquais moi-même encore bien davantage, ne m’épargnais... [Lire la suite]
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11 avril 2020

« Le livre de l’intranquillité » de Fernando Pessoa

Le livre de l’intranquillité. Un si joli titre poétique pour un livre qui n’en était pas un à l’origine. Une malle, des feuilles éparses en héritage. Aucun plan, aucune indication : des fragments à recomposer pour donner une structure, une cohérence. Un résultat forcément subjectif qui a évolué au fil du temps, au fil des traductions. La plupart des textes, qui forment une "autobiographie sans événéments", sont attribués à l’un des hétéronymes de Pessoa : Bernardo Soares. Dans une prose somptueuse, Soares/Pessoa se lance... [Lire la suite]
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16 mars 2020

« Les immortelles » de Makenzy Orcel

« Je lui disais que la littérature n’était pas une chose pour les gens comme nous, pour les putes. De laisser ça à ceux qui n’ont rien à faire. Les bienheureux. Les ayants droit. Peut-être que j’avais tort ». « Tu me donnes ce que je te demande et toi après tu pourras m’avoir dans tous les sens que tu voudras ». Un marché conclu. Entre un homme et une femme. Entre un client et une pute. Entre un écrivain et une immortelle. Port-au-Prince. La Grand-Rue. La rue de la prostitution et des larcins. La rue qui, comme... [Lire la suite]
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12 mars 2020

« Les échappées » de Lucie Taïeb

« On porte en soi la mort comme un fruit qui mûrit, paraît-il, mais on ne veut pas, pour autant, qu’elle parvienne à maturité. On préfère qu’elle ne grandisse pas, alors on ne bouge pas, de peur d’accélérer le processus. Mais, il y a, dans cette immobilité, quelque chose qui ronge, véritablement : un épuisement prématuré des forces, un déclin impassible, une image qui vous fascine et vous empêche de fuir, comme la bête piégée par l’éclat des phares, stoppée net au milieu de la voie, et que le véhicule n’évitera pas ».... [Lire la suite]
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08 mars 2020

« Le dernier amour d’Attila Kiss » de Julia Kerninon

« Ce livre est l’histoire d’un amour – la plus petite de toutes les histoires – l’histoire du dernier amour d’Attila Kiss. Parce que c’est une chose de déposer les armes, dans un mouvement superbe de tapage et de dévotion, mais c’en est une autre que d’accepter à partir de cet instant de vivre comme perpétuellement désarmé ». « Lorsque deux individus se rencontrent et cherchent à entrer en contact jusqu’à se fondre, cela commence toujours comme commence une guerre – par la considération des forces en présence » ... [Lire la suite]
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04 mars 2020

« Rouge pute » de Perrine Le Querrec

Des mots sur des maux. Des vers sur l’horreur. Des poèmes sur des silences.   Perrine Le Querrec a rencontré dans un centre social des femmes qui ont confié leurs mots sur les violences conjugales. De ces mots, l’autrice en a fait une forme, une œuvre, un porte-voix. Des poèmes incarnés à la première personne du singulier. Des poèmes qui restituent la violence quotidienne pour faire vivre l’intimité de ces femmes aux lecteurs. Pour briser le silence. Pour briser l’indifférence. Parler des coups, des insultes. Parler... [Lire la suite]
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27 février 2020

« Les falaises » de Virginie DeChamplain

« Les femmes de ma vie. On se succède sans se voir, comme des ombres qui courent devant les miroirs, sacrent des coups de poing dedans et continuent leur route pour voir le monde ». Elle pense qu’elle est brisée. V. Comme la vague qui rencontre le rocher. Brisée. Comme le corps de cette mère-sirène rejeté par le Saint-Laurent, « ses cheveux comme des algues dans le ressac ». V. revient dans sa maison natale en Gaspésie, après plusieurs années d’absence. Funérailles de la mère, deuil d’une enfance, souvenirs à... [Lire la suite]
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23 février 2020

« Le sel » de Jean-Baptiste Del Amo

« Leur famille est ce fleuve aux courbes insaisissables dont il n’est possible de cerner la vérité qu’en l’endroit où la mémoire de tous afflue pour se jeter, unifiée, dans la mer ». Le sel est l’histoire d’une famille où règne encore l’ombre d’Armand, le patriarche pourtant décédé d’un cancer. Homme despote, violent, il a marqué de son empreinte tous les membres de cette famille. Chacun tente malgré tout de se libérer d’une enfance, d’un passé, d’événements tragiques. Les souvenirs remontent à la surface, déferlent... [Lire la suite]
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