LES LECTURES DU MOUTON

29 septembre 2020

« Permafrost » d’Eva Baltasar

Permafrost : La couche de terre qui reste toujours gelée. (Variante) La femme qui a une carapace pour se protéger du monde qui l’entoure, de ses affects. Ce qui fait la force de ce livre, ce n’est pas l’histoire mais c’est la voix de la narratrice. Une voix que l’on n’a pas l’habitude d’entendre, de lire. Parce que ce n’est pas politiquement correct. Tentations suicidaires, fantasmes, sexe désinhibé, liberté, non-engagement, lesbianisme, famille, maternité. Tout passe sous l’œil aiguisé et acide de cette femme. Le propos... [Lire la suite]
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21 septembre 2020

« Lumière d’été, puis vient la nuit » de Jón Kalman Stefánsson

« Celui qui pleure à un enterrement, pleure également sa propre mort et en même temps celle du monde, parce qu’à la fin, tout meurt et il ne reste rien ». Le livre s’ouvre sur un petit village islandais de quatre cents âmes. Un trou paumé, comme le qualifie Matthias. L’océan à l’ouest, la campagne dans les autres directions. Que peut-on attendre de ce village où la vie est rythmée par la valse des années et des saisons ? « Le temps passe, nous vivons, puis nous mourons ».  Et pourtant, une voix s’élève.... [Lire la suite]
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19 septembre 2020

« Les villes de papier. Une vie d’Emily Dickinson » de Dominique Fortier

« Le monde. Le monde est petit comme une orange. Il est incroyablement compliqué et d’une absolue simplicité. Le monde peut être remplacé, recréé, anéanti par les mots. Il existe de l’autre côté de la fenêtre, ce qui est une autre façon de dire qu’il n’existe pas […] Le monde est noir et la chambre est blanche. Ce sont les poèmes qui l’éclairent ». Comment peut-on faire la biographie d’une poétesse dont la vie a été si discrète, si mystérieuse ? Elle était comme une page blanche. Peut-être en s’attardant sur ce qui a... [Lire la suite]
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10 septembre 2020

« On fait parfois des vagues » d’Arnaud Dudek

« Apprendre son infertilité. L’admettre. Passer à autre chose. Faire le deuil d’une paternité normale. Au royaume des certitudes, comment a réagi mon père ? A-t-il eu l’impression de ne plus être un homme, un vrai ? A-t-il craint, à un moment ou à un autre, de perdre ma mère ? S’est-il senti honteux ? coupable ? […] Je n’ai jamais songé à aborder frontalement ces questions parce que je suis persuadé de ne rien obtenir ; si la certitude est un pays, l’esquive est un empire – et mon père... [Lire la suite]
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06 septembre 2020

« Trencadis » de Caroline Deyns

« … les couleurs sont en réalité des tristesses noires qui se griment en Arlequin pour s’assurer qu’on ne les reconnaisse pas : un désespoir qui voudrait passer incognito ». Trencadis. Mot catalan qui désigne une mosaïque d’éclats de céramique et de verre. Une technique utilisée notamment par Gaudí. Trencadis. Une définition de l’œuvre de Niki de Saint Phalle. Une définition également de sa vie, ce « cheminement bref de la dislocation vers la reconstruction ». Parce que derrière l’œuvre, les frasques,... [Lire la suite]
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02 septembre 2020

« Thésée, sa vie nouvelle » de Camille de Toledo

« Nous ne sommes pas des corps isolés ni des consciences séparées la matière porte une mémoire, une intelligence plus vastes qui nous relient nous sommes un flux continu d’apparition et de disparition traversé de mille désastres ». Trois décès brutaux. Le frère, la mère, le père. Le monde de Camille de Toledo s’effondre en peu de temps. Le choc et ces questions lancinantes en tête : « Qui commet le meurtre d’un homme qui se tue ? » « Et celui qui survit, c’est pour raconter quelle... [Lire la suite]
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26 août 2020

« Le coût de la vie » de Deborah Levy

« La liberté n’est jamais libre. Quiconque s’est battu pour être libre sait ce qu’il en coûte ». Nous avions laissé Deborah Levy à Majorque ; nous la retrouvons des années plus tard, la cinquantaine et un divorce au compteur. Même si une séparation est difficile, nous pouvions espérer que cette nouvelle vie lui permettrait de concilier davantage ses aspirations avec le quotidien. Non. Le Système Sociétal est toujours là et il n’aime pas qu’on tente de lui échapper. Le coût de la vie, c’est le coût de la... [Lire la suite]
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23 août 2020

« Ce que je ne veux pas savoir » de Deborah Levy

« On m’avait conseillé de dire ce que je pensais à voix haute plutôt que dans ma tête, mais j’ai décidé de le faire par écrit ». Premier volet de son autobiographie,  Deborah Levy « répond » au Why I Write de George Orwell. L’ouvrage est d’ailleurs divisé en quatre chapitres qui reprennent les quatre motivations pour écrire selon lui : l’égoïsme pur, l’enthousiasme esthétique, l’inspiration historique et la visée politique. Bien souvent, il faut chercher dans l’enfance et l’adolescence les germes de l’écrivain. ... [Lire la suite]
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16 août 2020

« Pleines de grâce » de Gabriela Cabezón Cámara

« Je me sentais échouée et j’ai cru avoir survécu à un naufrage. Je sais maintenant que personne ne survit à un naufrage. Ceux qui coulent meurent et ceux qui s’en sortent vivent en se noyant » ? « Tout ce qui est né will die ». L’art de jongler sans cesse entre le comique et le tragique. C’est ce qui attend le lecteur en ouvrant Pleines de grâce, roman sous les allures d’un manuscrit qu’écrit la journaliste Qűity pour raconter l’histoire de la villa El Paso, un bidonville de Buenos Aires. Régulièrement,... [Lire la suite]
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11 août 2020

« Requiem pour une ville perdue » d’Asli Erdoğan

« Le Temps est un maître qui semble s’être installé ici après un long voyage, et dans la roche il a creusé des portes que seuls les morts savent ouvrir… » Quand la poésie vient transfigurer la douleur, le désespoir, la solitude, la perte. Requiem pour une ville : Istanbul. Requiem pour les disparus : les êtres, la liberté, l’insouciance. Requiem pour un paradis perdu : le passé d’Asli Erdoğan, avant l’exil. Istanbul, une ville entre deux rives comme l’autrice qui se balance entre les vivants et les morts.... [Lire la suite]
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31 juillet 2020

« Les rêveurs » de Christophe Pellet

« Je saute par-dessus cette frontière bavarde séparant le féminin du masculin. Les victimes des bourreaux, Les filles d’un côté, avec leur révolte et leur colère, les garçons de l’autre, avec leur amertume et leur repli : cela ne peut plus être, Ancien régime sexuel ». Dès le début de la pièce, le quatrième mur est brisé. Par la lumière qui demeure sur le public même une fois le rideau levé. Par les paroles que les personnages lui adressent. Le voile levé, sur les planches et dans la salle, nous oscillons sans... [Lire la suite]
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26 juillet 2020

« Harpo » de Fabio Viscogliosi

Harpo, le muet des Marx Brothers. Celui qui joue de la harpe, qui porte un trench-coat, une perruque et un haut de forme. Le plus clownesque. Le plus burlesque. Fabio Viscogliosi en fait le héros de ce court roman à la fois trépidant et tendre. Que se passe-t-il dans la tête du cher Harpo quand, le 12 décembre 1933, après un voyage en URSS, il ne prend pas son paquebot au Havre pour retourner à New York ? Pourquoi décide-t-il de louer une Citroën Torpédo avec laquelle il a un accident en plein milieu de l’Ardèche ? Le... [Lire la suite]
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17 juillet 2020

« Crève, mon amour » d’Ariana Harwicz

« Ce qui me sauve ce soir et tous les autres n’a rien à avoir avec l’amour de mon homme et mon fils. Ce qui me sauve c’est l’œil doré du cerf encore et toujours posé sur moi ». Dérangé et dérangeant. Sauvage comme ce cerf ensanglanté sur la couverture. Crève, mon amour est l’histoire d’une femme devenue mère depuis peu. Une femme qui ne parvient pas à trouver sa place entre les injonctions sociales liées à sa nouvelle maternité et ses pulsions animales, ses désirs de femme. Elle fuit ces injonctions en se reconnectant à... [Lire la suite]
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05 juillet 2020

« Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » de Mathias Énard

« Alors tu souffres, perdu dans un crépuscule infini, un pied dans le jour et l’autre dans la nuit ». Un conte au lyrisme envoûtant qui s’ouvre sur la parole d’une jeune femme. La volupté est là, dans un recoin de Constantinople. Ses paroles s’adressent à un homme que le lecteur découvre avec surprise être Michel-Ange. Pourquoi pose-t-il les pieds à Constantinople un jour de mai 1506 ? Une invitation du sultan Bajazet pour un grand projet : la construction d’un pont sur la Corne d’Or. Il reprend le... [Lire la suite]
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28 juin 2020

« Buvard » de Julia Kerninon

« Je suis un enfant parce que c’est le seul mot que je trouve pour dire combien c’est bon d’aimer les choses les plus infimes, et d’en tirer du plaisir sans honte, mais aussi d’être soucieuse, comme les enfants seulement le sont, soucieuse, orageuse, légère ». Lou, un jeune étudiant, est fasciné par l’œuvre de l’écrivaine Caroline N. Spacek. D’une grande précocité, elle a livré des ouvrages à la beauté scandaleuse, à la perfection énigmatique. Sa vie est tout aussi secrète que sulfureuse, au point d’attirer les... [Lire la suite]
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25 juin 2020

« Le jour où le désert est entré dans la ville » de Guka Han

    Où est le désert ? « Il est par là… par là… un peu partout », répond un homme croisé dans la rue à la narratrice de Luoes, la première nouvelle de ce recueil qui en compte huit. Oui, le désert est partout dans les villes et dans les vies. Huit nouvelles et pourtant la sensation qu’elles forment une seule et même entité. La ville est le point d’ancrage. Elle est le décor froid, implacable des différentes histoires qui révèlent la dureté de nos sociétés où l’on ne communique plus ou mal, où aimer est... [Lire la suite]
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20 juin 2020

« Elles sont au service » de Fabienne Swiatly

Sorti dix jours avant le confinement, ce recueil résonne fort avec l’actualité. Elles sont au service des autres : aide-soignantes, caissières, infirmières, auxiliaires de vie ou de puériculture, prostituées, nounous, ouvrières, atsem, menuisières... Elles font ses métiers par choix ou par nécessité. Elles travaillent pour la satisfaction du travail accompli, de l'aide apportée. Elles sont au service des autres sans être reconnues à leur juste valeur. Invisibles ou presque. Métiers déconsidérés, métiers sous-payés car métiers... [Lire la suite]
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12 juin 2020

« Nos corps érodés » de Valérie Cibot

« En réalité, ce qui a eu lieu ici marque à la fois le crépuscule et l’aube. La clarté est venue de l’onde. Disons qu’une vague a tout emporté et que cette histoire-là, c’est celle de la vague ». Elle revient sur son île. Ce qu’il en reste du moins. De longues étendues de plages fermées, des falaises grignotées, des blockhaus qui s’effondrent. L’érosion est partout. Le sel, le sable et l’humidité viennent attaquer, menacer l’île et ses habitants. Ça sent l’iode, le salpêtre et la violence. Ça a le goût du béton, de... [Lire la suite]
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06 juin 2020

« Le seigneur des porcheries » de Tristan Egolf

Baker. Dans le comté de Greene. Dans la Corn Belt. Baker, une petite ville sinistre du Midwest où l’alcool fait des ravages ; où la violence et l’inceste sont légion ; où la mesquinerie, le racisme et la bêtise règnent en maîtres ; où la religion ne sert qu’à dépouiller les gens. Citrons, torche-collines, rats d’égouts, trolls, harpies méthodistes, telles sont les appellations que les habitants de Baker se jettent en plein visage. Dans cette contrée, un homme entre dans la légende : John Kaltenbrunner. Il n’a rien du héros :... [Lire la suite]
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31 mai 2020

« Midi » de Cloé Korman

« Qui meurt paye ses dettes ». William Shakespeare « Certaines dettes sont beaucoup trop élevées pour qu’on en vienne jamais à bout ». Cloé Korman. Claire est médecin dans un grand hôpital parisien. Elle retrouve Dom, un ancien amant en phase terminale d’un cancer. Ces retrouvailles inattendues et douloureuses la ramènent quinze ans plus tôt, à Marseille. Durant un été, son amie Manu et elle sont animatrices d’un stage de théâtre pour enfants, sous la responsabilité de Dom. Ensemble, ils montent la pièce La Tempête... [Lire la suite]
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