LES LECTURES DU MOUTON

06 décembre 2019

« Prins » de César Aira

« Ce que tu n’as jamais compris, c’est qu’écrire est secondaire. Avant il y a l’homme, l’amant, et dès l’instant où l’homme et l’amant sont tombés dans la feuille blanche de l’oubli, il n’est plus resté que le monstre froid et destructeur ». Voilà un roman hallucinant, pour ne pas dire hallucinatoire si je fais le lien avec l’opium, héros à lui tout seul de cette histoire complètement barrée. Le titre suscite déjà des interrogations. Une note à la fin du livre précise que Prins vient d'Arturo Prins, un architecte qui a... [Lire la suite]
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01 décembre 2019

« Le cri du sablier » de Chloé Delaume

« Maman se meurt première personne. Elle disait malaxer malaxer la farine avec trois œufs dedans et un yaourt nature. Papa l’a tuée deuxième personne. Infinitif et radical. Chloé se tait troisième personne. Elle ne parlera plus qu’au futur antérieur. Car quand s’exécuta enfin le parricide il fut trop imparfait pour ne pas la marquer ». Dès les premières lignes, c’est le Verbe qui surprend, nous colle au récit, nous malmène. Le doute puis la magie opère ; Chloé Delaume parvient à nous emporter. La petite fille en... [Lire la suite]
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27 novembre 2019

« La chute des comètes et des cosmonautes » de Marina Skalova

« FILLE. Le communisme a échoué, le capitalisme a échoué… PÈRE. L’amour a échoué. FILLE. La famille a échoué ». Une jeune astrophysicienne et son père prennent la route ensemble pour un Berlin-Moscou. Chacun a ses raisons pour se rendre dans la capitale russe, des raisons plutôt vagues d’ailleurs. Pendant trois jours, nous suivons leur périple dans ce huis-clos qu’est la voiture. Le père et la fille ne sont pas très proches ; la communication est difficile, parfois un peu violente, pleine de non-dits et de... [Lire la suite]
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24 novembre 2019

« Le bleu du lac » de Jean Mattern

« ... si seulement je croyais à l’existence du péché et à la possibilité d’effacer mes fautes par un tour de passe-passe avec le bon Dieu, si seulement j’espérais encore obtenir les jours de l’absolution et les vertus du pardon, mais je connais le poids de mes actes, je le connais au gramme près, et à ce jour je n’ai trouvé aucun moyen de m’en délester, peut-être parce que l’addition de nos fautes fait aussi le prix d’une vie... » Viviane se rend à l’enterrement de James. Elle va, pendant la cérémonie, interpréter au... [Lire la suite]
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20 novembre 2019

« Lust » d’Elfriede Jelinek

« Il faudra bien un jour qu’elle apprenne à s’offrir sur un plateau, à se donner elle-même plaisamment, complaisamment, c’est trop long, trop pénible d’avoir à cueillir un à un tous ses fruits. Mais non, rien à faire. Un peu en retrait devant la caisse, il embrasse du regard son bien, vide béant devant lequel les marchandises font le beau. Et voit autour de lui virevolter des employés du supermarché, auxquels il a pris leurs enfants, les uns pour l’usine, les autres en les acculant à quitter le pays – ou à sombrer dans la... [Lire la suite]
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14 novembre 2019

« Un homme qui dort » de Georges Perec

« Tu t’es arrêté de parler et seul le silence t’a répondu. Mais ces mots, ces milliers, ces millions de mots qui se sont arrêtés dans ta gorge, les mots sans suite, les cris de joie, les mots d’amour, les rires idiots, quand donc les retrouveras-tu ? » Un matin, un jeune étudiant décide de ne pas se lever pour passer un examen. Commence alors une vie faite d’abandon, de solitude, de lassitude, de torpeur. Une existence où le goût de la vie semble avoir disparu d’un coup. Une vie détachée de tout sentiment, de toute... [Lire la suite]
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12 novembre 2019

« Opus 77 » d’Alexis Ragougneau

« Le vrai virtuose mondial, c’est celui qui a peur à s’en pisser dessus et qui s’avance seul devant trois mille spectateurs, pour jouer Ravel, Chopin, Rachmaninov, sans ciller ». Ariane Claessens se lève dans l’église où a lieu l’enterrement de son père, célèbre chef d’orchestre. Elle s’avance, s’installe devant le piano pour lui rendre hommage. Alors qu’elle avait pensé à Liszt, elle se lance dans un concerto pour violon. Les premières notes s'élèvent. L’assemblée s’étonne, s’insurge même. Elle joue l’Opus 77 de... [Lire la suite]
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07 novembre 2019

« Icebergs » de Tanguy Viel

    « Et de même qu’il faudra, dans ce même mythe, que Cronos déchire la surface du ciel pour rendre la vie possible, de même je suis forcé de déchirer la surface de la pensée pour que coule sur la page l’encre nécessaire à son inscription ». En dix promenades littéraires, Tanguy Viel livre ses réflexions, ses manies, ses doutes, ses obsessions sur l’écriture et la littérature. L’art de la mélancolie, le démon de la citation, la défense du négatif.  Il nous conte aussi ses lectures et auteurs : une... [Lire la suite]
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04 novembre 2019

« Lanny » de Max Porter

« Je pense à mon bébé qui dort dans la chambre à côté. Ou qui ne dort peut-être pas. Peut-être qu’il est dans le jardin et qu’il danse avec les elfes et les gobelins. Nous partons du principe qu’il dort comme un enfant normal, mais ce n’est pas un enfant normal, c’est Lanny Greentree, notre petit mystère ». Un petit village anglais tranquille. Du moins en apparence car le Père Lathrée Morte, sorte de créature légendaire, d’esprit sacré de la nature, entend tout ce qui se dit au village. Et la réalité est bien loin d’être... [Lire la suite]
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31 octobre 2019

« Son corps et autres célébrations » de Carmen Maria Machado

Ce recueil de « nouvelles » mêle le fantastique, la science-fiction aux violences sur les femmes et leurs corps. Je n’évoquerai pas tous les textes. Probablement la plus réussie du recueil, Le point du mari raconte la vie amoureuse d’une femme avec son mari sur de nombreuses années. Pour ceux qui ne connaissent pas, le point du mari est un point supplémentaire, effectué sans l'avis de la patiente, pour resserrer davantage le vagin d’une femme après une déchirure ou une épisiotomie pendant l’accouchement. Ce point... [Lire la suite]
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21 octobre 2019

« Éloge du métèque » d’Abnousse Shalmani

« Si je suis devenue un monstre présentable, c’est que l’imaginaire m’a aidée à me fabriquer un masque, l’amour à me bâtir un temple, la foi à raconter des histoires. Le tempérament de métèque, c’est l’art du saltimbanque, le monde sa scène de théâtre, sa vie une création quotidienne ». La première fois que j’ai entendu le mot métèque, j’étais enfant et c’était, comme beaucoup, dans la chanson de Georges Moustaki. Je ne savais évidemment pas ce que ce mot signifiait. Je ne savais pas que ce mot a eu des... [Lire la suite]
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15 octobre 2019

« Bleuets » de Maggie Nelson

« Je suis donc tombée amoureuse d’une couleur – la couleur bleue, en l’occurrence – comme on tombe dans les rets d’un sortilège, et je me suis battue pour rester sous son influence et m’en libérer, alternativement ». Écrire sur une couleur, ça avait déjà été fait. Écrire sur le bleu, un couleur tellement aimée de tous, est, de plus, assez commun. Il en faut plus à Maggie Nelson pour la détourner du chemin. Comme elle le dit dans son fragment 155 : « Que la moitié des adultes du monde occidental aiment le bleu ne... [Lire la suite]
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11 octobre 2019

« Des hommes justes » d’Ivan Jablonka

Qu’est-ce qu’un mec bien ? Pendant l’affaire Weinstein et MeToo, nous avons surtout entendu certains hommes qui défendaient leur statut de mâle dominant face à une « hystérie » collective. Cependant, de nombreux autres ont réfléchi individuellement à la façon dont ils réagissaient avec les femmes. Le souci c’est que collectivement, c’était silence radio. Dans cet ouvrage, Ivan Jablonka souhaite définir de nouvelles masculinités et défendre un projet de justice de genre. Il dresse d’abord l’histoire du patriarcat... [Lire la suite]
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07 octobre 2019

« Par les routes » de Sylvain Prudhomme

« C’est comme s’il avait toujours besoin que sa trajectoire en frôle d’autres. Comme si son appétit, sa curiosité, sa faim lui rendaient viscéralement impossible de renoncer à la multitude des rencontres possibles ». La vie est de passage, autant bien choisir avec qui en être le passager. Mais choisir, est-ce si simple dans une vie qui s’étire sur la longueur tout en étant incroyablement fugace ? Le temps passe, laisse les hommes être remplacés par d’autres en de cycles immuables. Que reste-t-il de notre... [Lire la suite]
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04 octobre 2019

« La grande escapade » de Jean-Philippe Blondel

« Parfois les adultes ignorent le poids qu’ils peuvent avoir sur la destinée des enfants qui ne sont pas les leurs ». Le roman de la rentrée littéraire qui ne paie pas de mine et qui pourtant accroche. La grande escapade montre que l’on peut faire de la bonne littérature sans en faire des caisses. Le sujet en soi est presque banal : la vie en communauté des enseignants d'un groupe scolaire, celui de Denis Diderot en l'occurence. L’époque où Jean-Philippe Blondel pose son histoire est en revanche très intéressante. Nous... [Lire la suite]
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30 septembre 2019

« Automne » d’Ali Smith

« Ça ne sert à rien d’imaginer un univers, dit Elisabeth, alors que l’univers existe. Il y a le monde, et la vérité au sujet du monde. Ce que tu veux dire, c’est qu’il y a la vérité, et la version inventée qu’on nous donne sur le monde, dit Daniel. Non. Le monde existe. Les histoires, ce sont des inventions, dit Elisabeth. Elles n’en sont pas moins vraies, dit Daniel ». Je pourrais vous dire que c’est l’histoire d’une magnifique amitié entre un vieil homme, Daniel Gluck, et la jeune Elisabeth. Une histoire de... [Lire la suite]
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25 septembre 2019

« Rien n’est noir » de Claire Berest

« Elle ne peint pas pour être aimée. Elle est transparente, c’est-à-dire qu’elle ouvre grand la fenêtre vers l’intérieur ». Frida n’a que dix-neuf quand un accident de bus vient bouleverser sa vie. Une barre de métal traverse son abdomen et sa cavité pelvienne. Sa colonne vertébrale est brisée. Commence alors des mois et des mois de souffrances et d’immobilisation. Emprisonnée dans un lit et un corset en plâtre, Frida tente de trouver du réconfort dans les livres et surtout dans la peinture qu’elle débute à ce moment-là.... [Lire la suite]
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22 septembre 2019

« Une maison de poupée » de Henrik Ibsen

NORA : … Notre foyer n’a jamais été rien d’autre qu’une salle de récréation. Ici, j’ai été ton épouse-poupée, tout comme à la maison j’étais l’enfant-poupée de papa. Et mes enfants, à leur tour, ont été mes poupées. Je trouvais divertissant que tu te mettes à jouer avec moi, tout comme ils trouvent divertissant que je me mette à jouer avec eux. Voilà ce qu’a été notre mariage, Torvald. En lisant cette pièce, j’ai eu du mal à me dire qu’elle avait été écrite en 1879 tellement elle est novatrice pour cette époque. Henrik Ibsen a... [Lire la suite]
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16 septembre 2019

« Les fillettes » de Clarisse Gorokhoff

« L’enfance est irréparable. Voilà pourquoi, à peine advenue, nous la poussons gentiment dans les abîmes de l’oubli. Mais elle nous court après – petit chien fébrile – et nous poursuit jusqu’à la tombe. Comment peut-on en garder si peu de souvenirs quand elle s’acharne à laisser tant de traces ? » Que garde-t-on de l’enfance ? Les sourires, les rires, les glaces qui fondent au soleil ? Ou alors des remarques blessantes comme « Ta mère, elle est bizarre d’abord », une mère aimante mais complètement... [Lire la suite]
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10 septembre 2019

« Onanisme » de Justine Bo

« Cette nuit, je rejoins le bunker. Pas un corps sur la crique. Demain, on brûle Saïd. À mesure que je vais et viens, la mer grandit et rapetisse. Jouir jusqu’à tout vivre. Jusqu’à tout mourir. Tout aimer. Tout haïr. Jouir en naufrage. Sentir la houle du navire conquérant et le désastre de la noyade. Jouir à tout accepter. À tout renoncer. Jouir à ne plus jouir. Jouir à ne plus rien ». Cerbère, ville des Pyrénées-Orientales. Cerbère, ville qui porte si bien son nom. Tout n’est que chaleur et enfer. Cerbère, une ville en... [Lire la suite]
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