LES LECTURES DU MOUTON

21 octobre 2019

« Éloge du métèque » d’Abnousse Shalmani

« Si je suis devenue un monstre présentable, c’est que l’imaginaire m’a aidée à me fabriquer un masque, l’amour à me bâtir un temple, la foi à raconter des histoires. Le tempérament de métèque, c’est l’art du saltimbanque, le monde sa scène de théâtre, sa vie une création quotidienne ». La première fois que j’ai entendu le mot métèque, j’étais enfant et c’était, comme beaucoup, dans la chanson de Georges Moustaki. Je ne savais évidemment pas ce que ce mot signifiait. Je ne savais pas que ce mot a eu des... [Lire la suite]
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15 octobre 2019

« Bleuets » de Maggie Nelson

« Je suis donc tombée amoureuse d’une couleur – la couleur bleue, en l’occurrence – comme on tombe dans les rets d’un sortilège, et je me suis battue pour rester sous son influence et m’en libérer, alternativement ». Écrire sur une couleur, ça avait déjà été fait. Écrire sur le bleu, un couleur tellement aimée de tous, est, de plus, assez commun. Il en faut plus à Maggie Nelson pour la détourner du chemin. Comme elle le dit dans son fragment 155 : « Que la moitié des adultes du monde occidental aiment le bleu ne... [Lire la suite]
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11 octobre 2019

« Des hommes justes » d’Ivan Jablonka

Qu’est-ce qu’un mec bien ? Pendant l’affaire Weinstein et MeToo, nous avons surtout entendu certains hommes qui défendaient leur statut de mâle dominant face à une « hystérie » collective. Cependant, de nombreux autres ont réfléchi individuellement à la façon dont ils réagissaient avec les femmes. Le souci c’est que collectivement, c’était silence radio. Dans cet ouvrage, Ivan Jablonka souhaite définir de nouvelles masculinités et défendre un projet de justice de genre. Il dresse d’abord l’histoire du patriarcat... [Lire la suite]
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07 octobre 2019

« Par les routes » de Sylvain Prudhomme

« C’est comme s’il avait toujours besoin que sa trajectoire en frôle d’autres. Comme si son appétit, sa curiosité, sa faim lui rendaient viscéralement impossible de renoncer à la multitude des rencontres possibles ». La vie est de passage, autant bien choisir avec qui en être le passager. Mais choisir, est-ce si simple dans une vie qui s’étire sur la longueur tout en étant incroyablement fugace ? Le temps passe, laisse les hommes être remplacés par d’autres en de cycles immuables. Que reste-t-il de notre... [Lire la suite]
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04 octobre 2019

« La grande escapade » de Jean-Philippe Blondel

« Parfois les adultes ignorent le poids qu’ils peuvent avoir sur la destinée des enfants qui ne sont pas les leurs ». Le roman de la rentrée littéraire qui ne paie pas de mine et qui pourtant accroche. La grande escapade montre que l’on peut faire de la bonne littérature sans en faire des caisses. Le sujet en soi est presque banal : la vie en communauté des enseignants d'un groupe scolaire, celui de Denis Diderot en l'occurence. L’époque où Jean-Philippe Blondel pose son histoire est en revanche très intéressante. Nous... [Lire la suite]
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30 septembre 2019

« Automne » d’Ali Smith

« Ça ne sert à rien d’imaginer un univers, dit Elisabeth, alors que l’univers existe. Il y a le monde, et la vérité au sujet du monde. Ce que tu veux dire, c’est qu’il y a la vérité, et la version inventée qu’on nous donne sur le monde, dit Daniel. Non. Le monde existe. Les histoires, ce sont des inventions, dit Elisabeth. Elles n’en sont pas moins vraies, dit Daniel ». Je pourrais vous dire que c’est l’histoire d’une magnifique amitié entre un vieil homme, Daniel Gluck, et la jeune Elisabeth. Une histoire de... [Lire la suite]
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25 septembre 2019

« Rien n’est noir » de Claire Berest

« Elle ne peint pas pour être aimée. Elle est transparente, c’est-à-dire qu’elle ouvre grand la fenêtre vers l’intérieur ». Frida n’a que dix-neuf quand un accident de bus vient bouleverser sa vie. Une barre de métal traverse son abdomen et sa cavité pelvienne. Sa colonne vertébrale est brisée. Commence alors des mois et des mois de souffrances et d’immobilisation. Emprisonnée dans un lit et un corset en plâtre, Frida tente de trouver du réconfort dans les livres et surtout dans la peinture qu’elle débute à ce moment-là.... [Lire la suite]
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22 septembre 2019

« Une maison de poupée » de Henrik Ibsen

NORA : … Notre foyer n’a jamais été rien d’autre qu’une salle de récréation. Ici, j’ai été ton épouse-poupée, tout comme à la maison j’étais l’enfant-poupée de papa. Et mes enfants, à leur tour, ont été mes poupées. Je trouvais divertissant que tu te mettes à jouer avec moi, tout comme ils trouvent divertissant que je me mette à jouer avec eux. Voilà ce qu’a été notre mariage, Torvald. En lisant cette pièce, j’ai eu du mal à me dire qu’elle avait été écrite en 1879 tellement elle est novatrice pour cette époque. Henrik Ibsen a... [Lire la suite]
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16 septembre 2019

« Les fillettes » de Clarisse Gorokhoff

« L’enfance est irréparable. Voilà pourquoi, à peine advenue, nous la poussons gentiment dans les abîmes de l’oubli. Mais elle nous court après – petit chien fébrile – et nous poursuit jusqu’à la tombe. Comment peut-on en garder si peu de souvenirs quand elle s’acharne à laisser tant de traces ? » Que garde-t-on de l’enfance ? Les sourires, les rires, les glaces qui fondent au soleil ? Ou alors des remarques blessantes comme « Ta mère, elle est bizarre d’abord », une mère aimante mais complètement... [Lire la suite]
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10 septembre 2019

« Onanisme » de Justine Bo

« Cette nuit, je rejoins le bunker. Pas un corps sur la crique. Demain, on brûle Saïd. À mesure que je vais et viens, la mer grandit et rapetisse. Jouir jusqu’à tout vivre. Jusqu’à tout mourir. Tout aimer. Tout haïr. Jouir en naufrage. Sentir la houle du navire conquérant et le désastre de la noyade. Jouir à tout accepter. À tout renoncer. Jouir à ne plus jouir. Jouir à ne plus rien ». Cerbère, ville des Pyrénées-Orientales. Cerbère, ville qui porte si bien son nom. Tout n’est que chaleur et enfer. Cerbère, une ville en... [Lire la suite]
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03 septembre 2019

« Jolis jolis monstres » de Julien Dufresne-Lamy

« Pour les queens, il existe trois types de performance. Celle qui reproduit l’image hétéronormative. Celle qui la rejette. Et celle qui la déplace. Pour ce soir, je choisis la troisième. Je veux être différente. Briser les conventions. Réunir les hommes et les femmes, les belles pédales et les beaux fils à papa. Dans mon numéro, je vais marier les refoulés, les touristes, les locaux, les malades. Faire des nœuds dans les genres. Les bisexuels, les lesbiennes et les trans. Eclater le binaire. Faire de l’identité une grande... [Lire la suite]
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30 août 2019

« Baïkonour » d’Odile d’Oultremont

« La surface de l’océan danse comme une ballerine. Après toutes ces années, Anka est devenue, à force d’observation et de toute son attention, la spécialiste de ses chorégraphies. La mer, comme les artistes, a ses périodes : son talent et sa virtuosité se situent au point de convergence entre la puissance des flots et leur lyrisme ; l’un prenant le pas sur l’autre au fil des jours. Avant, il lui arrivait, c’était assez fréquent, de passer de longs moments assise face au colosse et dans cette position du lotus, les... [Lire la suite]
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26 août 2019

« Civilizations » de Laurent Binet

« Pour nous qui les contemplons longtemps après que l’histoire du monde a rendu son verdict, les augures semblent toujours d’une clarté implacable. Mais la vérité du présent, quoique plus brûlante, plus bruyante et pour tout dire plus vivante, s’offre bien souvent dans une forme plus confuse que celle du passé, ou parfois même de l’avenir ». Et si les Incas avaient envahi les Européens et non le contraire ? C’est sur cette uchronie toute simple mais ô combien vertigineuse que Laurent Binet a écrit Civilizations. Il... [Lire la suite]
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23 août 2019

« UnPur » d’Isabelle Desesquelles

Août 1976. Venise. Deux jumeaux de huit ans sont en vacances avec leur mère. Cette dernière, fantasque, les appelle Benjaminquejetaime et Julienquejetaime. Trois minutes d’inattention et Benjamin est kidnappé par un homme. Pourquoi lui ? Pourquoi pas Julien ? Pourquoi pas un autre ? Pendant huit années, il est enfermé dans un appartement de Bari avec le Gargouilleur. Cet homme, qui le viole à intervalles réguliers, fait aussi de lui son appât pour capturer d’autres enfants. Devenu adulte, Benjamin découvre ses... [Lire la suite]
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08 août 2019

« La langue géniale » d’Andrea Marcolongo

Le grec ancien est pour moi une histoire d’amour contrariée. Au collège, plusieurs personnes m’avaient convaincue que le grec était trop difficile et j’avais été quelque peu effrayée par le prof, curieux mélange de Jésus et Charles Manson. Je fis du latin non sans une pointe de regret. Après le bac, je suis partie en fac d’histoire. J’ai découvert que je n’aimais pas l’histoire médiévale et l’histoire romaine. J’étais naturellement tournée vers l’histoire moderne, contemporaine... et grecque ! Alors que j’envisageais un mémoire de... [Lire la suite]
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01 août 2019

« Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » d’Emil Ferris

« Pour les enfants, les adultes semblent toujours libres. Mais en vérité, il y en a beaucoup qui sont comme prisonniers. Et si on se demande qui les retient, 9 fois sur 10 d’après ce que je sais, ce sont les fantômes qui les hantent »  Que dire de cet ouvrage sans être dithyrambique ? Tout, je dis bien absolument TOUT m’a plu. Le dessin d’abord. Présenté comme un cahier, une sorte de journal intime, ce roman graphique est un véritable chef-d’œuvre. Les dessins d’Emil Ferris au stylo-bille sont précis et d’une... [Lire la suite]
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30 juillet 2019

« Mary Ventura et le neuvième royaume » de Sylvia Plath

Une jeune fille, Mary Ventura, est sur le quai d’une gare pour prendre un train. Ses parents la pressent de monter dedans malgré ses réticences : « Maman, je ne peux pas partir aujourd’hui. Je ne peux vraiment pas. Je ne suis pas prête à faire le voyage ». Dans le train, elle se lie avec une autre voyageuse qui lui explique que le train ne s’arrêtera pas avant le terminus, à savoir le Neuvième Royaume, lieu où tout le monde semble se résigner à aller. Mais c’est sans compter le talent de Sylvia Plath qui offre une chute... [Lire la suite]
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22 juillet 2019

« À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie » d’Hervé Guibert

« Dans la cour de l’hôpital éclairée par ce soleil de juin qui devenait la pire injure au malheur, je compris, pour la première fois car quand Stéphane l’avait dit je n’avais pas voulu le croire, que Muzil allait mourir, incessamment sous peu, et cette certitude me défigura dans le regard des passants qui me croisaient, ma face en bouillie s’écoulait dans mes pleurs et volait en morceaux dans mes cris, j’étais fou de douleur, j’étais Le cri de Munch ». Hervé Guibert expose le mal qui le ronge avec force, violence,... [Lire la suite]
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16 juillet 2019

« La douce indifférence du monde » de Peter Stamm

« Je ne veux pas savoir ce que me réserve l’avenir, mais j’aime l’idée qu’il est déjà écrit, que tout ce qui m’arrive est déjà arrivé à quelqu’un, que tout cela a un rapport et un sens. Comme si ma vie était une histoire. Je crois que c’est ça que j’ai toujours aimé dans les livres. Le fait qu’ils sont irrévocables ». C’est le titre emprunté à L’Étranger de Camus qui attire au départ. Il faut parfois peu de choses. Et puis, la claque pour cette première plongée dans l’univers de Peter Stamm, auteur suisse de... [Lire la suite]
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11 juillet 2019

« Ma dévotion » de Julia Kerninon

« On oublie souvent que ce sont les ascenseurs qui ont permis les gratte-ciel […]. Avec la naissance de la charpente métallique, les architectes n’ont plus connu de frein à leurs ambitions, et l’ascenseur a permis d’envisager les cimes les plus hautes. Tu te demandes sans doute où je veux en venir. De la même façon, c’est toi, je crois, qui a permis Franck. Et, comme les ascenseurs avec les gratte-ciel, je crains que personne n’en parle jamais ». Helen croise par hasard Franck dans les rues de Londres. Elle ne l'a pas vu... [Lire la suite]
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