LES LECTURES DU MOUTON

14 janvier 2020

« La fabrique du rouge » d’Ariane Jousse

« Partout brûler, ardens, ardoir. Que tout sorte et que tu m’aimes et que je t’aime et prenne forme. Découpe du corps sur fond de chaleur, de juin de certitude de jouir ». Pas un roman, pas un poème mais une forêt. Telle est la description dès la couverture. L’appellation « forêt » est bien trouvée car le lecteur plonge dans un monde qui lui est à la fois familier mais aussi terriblement mystérieux. La forêt c’est le théâtre du songe, des contes de fées mais aussi des légendes cruelles. C’est la selvaggia... [Lire la suite]
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12 janvier 2020

« L’autre pays » de Sébastien Berlendis

Les voyages littéraires en Italie, plusieurs grands noms s’y sont frottés. Il fallait donc un peu d'audace à Sébastien Berlendis pour décrire son propre voyage solitaire qui le mène de Turin aux Pouilles en terminant par Rome. Autant de chapitres que de villes et autant de paragraphes que de souvenirs, de sensations, de rencontres. L’autre pays est celui de l’aïeul Louis parti des Pouilles pour Corbières, le pays des origines que Sébastien Berlendis traverse, voit, hume, sent, ressent. Il est en quête de « ce sentiment de... [Lire la suite]
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09 janvier 2020

« Un monde sans rivage » de Hélène Gaudy

« Leurs corps sont traversés par le paysage, marqués par tout ce qui y traîne, ils s’y fondent, ils s’y perdent, ils se mettent à lui ressembler ». C’est lors d’une visite d’une exposition au musée Louisiana à Copenhague que le regard d’Hélène Gaudy s’attarde sur un cliché représentant trois explorateurs qui ne sont jamais revenus : Salomon August Andrée, Nils Strindberg et Knut Frænkel. En juillet 1897, ils tentent une expédition vers le pôle nord qui tourne vite au désastre. Leur ballon dirigeable les lâche... [Lire la suite]
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05 janvier 2020

« Ouvre les yeux » de Matteo Righetto

« La forêt touffue, compacte, vous cachera et vous engloutira comme le silence profond engloutit un mauvais souvenir. Tu te diras qu’en fin de compte, c’est cela la métaphore parfaite de toute forêt : une représentation de l’intimité, du recueillement et de la dissimulation de soi. Une projection élégiaque. Le contraire de la haute montagne qui est la métaphore parfaite de l’ouverture à l’autre, de la projection de soi. Une tension vers l’infini ». Ce court roman me fascine et m’émeut par sa capacité à être à la fois... [Lire la suite]
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02 janvier 2020

« Champion » de Maria Pourchet

« Cinquante kilos, pas loin d’un mètre au garrot, des dents, des yeux, tout à fait effrayant quand on n’y connaît rien. Par exemple, personne ne sait que ça ne mange quasiment pas les gens, et c’est très bien comme ça. Je l’ai mis natif de Sibérie pour lui donner un passeport et du caractère, je l’ai baptisé Champion pour lui donner un avenir. J’ai adopté Champion l’année dernière par consentement mutuel, je ne m’en sortais plus tout seul, j’avais besoin de soutien. Je vais beaucoup mieux depuis. Quoi qu’en pense M.... [Lire la suite]
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22 décembre 2019

« L’avancée de la nuit » de Jakuta Alikavazovic

« Paul m’a vue telle que j’étais, précisément telle que j’étais, et il m’a aimée. Et il m’aime encore. Malgré lui peut-être ; l’acquiescement, au fond, importe peu. Or un homme qui est capable de cela, de connaître un autre être tel qu’il est et de l’aimer, même dans la trahison, même dans l’absence et l’abandon, cet homme-là mérite l’amour, mérite l’estime, car son cœur bat contre l’époque, car il est dans l’époque comme un nageur contre le courant qui le porte. Tu ne pourras rien au monde qui finit ni à celui qui vient... [Lire la suite]
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19 décembre 2019

« Croire aux fauves » de Nastassja Martin

« À mesure qu’il s’éloigne et que je rentre en moi-même nous nous ressaisissons de nous-mêmes. Lui sans moi, moi sans lui, arriver à survivre malgré ce qui a été perdu dans le corps de l’autre ; arriver à vivre avec qui y a été déposé ». « Je dis qu’il y a quelque chose d’invisible, qui pousse nos vies vers l’inattendu ». Dans notre monde connecté, soumis à la pression, aux rythmes pendulaires et à la pollution urbaine, nous oublions bien souvent qu’au-delà de notre humanité, nous sommes en tout premier... [Lire la suite]
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15 décembre 2019

« Histoire d’un rêve » de Gary Younge

Qu’est-ce qui permet à un discours de devenir historique, de rester ancré dans les mémoires ? La force de celui-ci, l’aura de celui qui en est l’auteur et l’interprète, le contexte politique, le moment où il a été prononcé, sa portée ? Et si finalement c’est un peu tous ces éléments à la fois. Dans cet ouvrage, Gary Younge interroge la naissance et la portée de I Have a Dream de Martin Luther King, prononcé le 28 août 1963 lors de la Marche sur Washington. La situation politique américaine est favorable à ce discours en 1963... [Lire la suite]
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11 décembre 2019

« Histoires » de Marie-Hélène Lafon

Ma rencontre avec Marie-Hélène Lafon date de 2014 avec la sortie de son roman Joseph. J’ai été confrontée à la fois à un monde paysan rude, où les émotions ne semblent pas avoir leur place et à une langue d’une puissance incroyable, à la chair débordante. Parce que lire Marie-Hélène Lafon, c’est se frotter à une langue qui suinte, qui transpire, qui ressent, qui vibre. À travers les récits de ces hommes et de ces femmes du Cantal, taiseux, à leur « juste place » dans un quotidien âpre, l’autrice nous livre des corps.... [Lire la suite]
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08 décembre 2019

« Je transporte des explosifs on les appelle des mots » - Poésie et féminismes aux États-Unis

C’est ce titre, superbe, qui a attiré mon attention. Puis, le sous-titre a ajouté une couche. Je me suis donc lancée dans la lecture de cette anthologie de poèmes féministes écrits entre 1969 et aujourd’hui par des poétesses américaines. Tous les poèmes sont en version bilingue et je salue cette idée même si je suis une buse en anglais. Nous y trouvons ainsi Audre Lorde, Jan Clansen, Adrienne Rich, Dorothy Allison, Irena Klepfisz… Cette anthologie est précédée d’un essai écrit par Jan Clansen en 1982 expliquant la place de la... [Lire la suite]
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06 décembre 2019

« Prins » de César Aira

« Ce que tu n’as jamais compris, c’est qu’écrire est secondaire. Avant il y a l’homme, l’amant, et dès l’instant où l’homme et l’amant sont tombés dans la feuille blanche de l’oubli, il n’est plus resté que le monstre froid et destructeur ». Voilà un roman hallucinant, pour ne pas dire hallucinatoire si je fais le lien avec l’opium, héros à lui tout seul de cette histoire complètement barrée. Le titre suscite déjà des interrogations. Une note à la fin du livre précise que Prins vient d'Arturo Prins, un architecte qui a... [Lire la suite]
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01 décembre 2019

« Le cri du sablier » de Chloé Delaume

« Maman se meurt première personne. Elle disait malaxer malaxer la farine avec trois œufs dedans et un yaourt nature. Papa l’a tuée deuxième personne. Infinitif et radical. Chloé se tait troisième personne. Elle ne parlera plus qu’au futur antérieur. Car quand s’exécuta enfin le parricide il fut trop imparfait pour ne pas la marquer ». Dès les premières lignes, c’est le Verbe qui surprend, nous colle au récit, nous malmène. Le doute puis la magie opère ; Chloé Delaume parvient à nous emporter. La petite fille en... [Lire la suite]
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27 novembre 2019

« La chute des comètes et des cosmonautes » de Marina Skalova

« FILLE. Le communisme a échoué, le capitalisme a échoué… PÈRE. L’amour a échoué. FILLE. La famille a échoué ». Une jeune astrophysicienne et son père prennent la route ensemble pour un Berlin-Moscou. Chacun a ses raisons pour se rendre dans la capitale russe, des raisons plutôt vagues d’ailleurs. Pendant trois jours, nous suivons leur périple dans ce huis-clos qu’est la voiture. Le père et la fille ne sont pas très proches ; la communication est difficile, parfois un peu violente, pleine de non-dits et de... [Lire la suite]
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24 novembre 2019

« Le bleu du lac » de Jean Mattern

« ... si seulement je croyais à l’existence du péché et à la possibilité d’effacer mes fautes par un tour de passe-passe avec le bon Dieu, si seulement j’espérais encore obtenir les jours de l’absolution et les vertus du pardon, mais je connais le poids de mes actes, je le connais au gramme près, et à ce jour je n’ai trouvé aucun moyen de m’en délester, peut-être parce que l’addition de nos fautes fait aussi le prix d’une vie... » Viviane se rend à l’enterrement de James. Elle va, pendant la cérémonie, interpréter au... [Lire la suite]
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20 novembre 2019

« Lust » d’Elfriede Jelinek

« Il faudra bien un jour qu’elle apprenne à s’offrir sur un plateau, à se donner elle-même plaisamment, complaisamment, c’est trop long, trop pénible d’avoir à cueillir un à un tous ses fruits. Mais non, rien à faire. Un peu en retrait devant la caisse, il embrasse du regard son bien, vide béant devant lequel les marchandises font le beau. Et voit autour de lui virevolter des employés du supermarché, auxquels il a pris leurs enfants, les uns pour l’usine, les autres en les acculant à quitter le pays – ou à sombrer dans la... [Lire la suite]
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14 novembre 2019

« Un homme qui dort » de Georges Perec

« Tu t’es arrêté de parler et seul le silence t’a répondu. Mais ces mots, ces milliers, ces millions de mots qui se sont arrêtés dans ta gorge, les mots sans suite, les cris de joie, les mots d’amour, les rires idiots, quand donc les retrouveras-tu ? » Un matin, un jeune étudiant décide de ne pas se lever pour passer un examen. Commence alors une vie faite d’abandon, de solitude, de lassitude, de torpeur. Une existence où le goût de la vie semble avoir disparu d’un coup. Une vie détachée de tout sentiment, de toute... [Lire la suite]
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12 novembre 2019

« Opus 77 » d’Alexis Ragougneau

« Le vrai virtuose mondial, c’est celui qui a peur à s’en pisser dessus et qui s’avance seul devant trois mille spectateurs, pour jouer Ravel, Chopin, Rachmaninov, sans ciller ». Ariane Claessens se lève dans l’église où a lieu l’enterrement de son père, célèbre chef d’orchestre. Elle s’avance, s’installe devant le piano pour lui rendre hommage. Alors qu’elle avait pensé à Liszt, elle se lance dans un concerto pour violon. Les premières notes s'élèvent. L’assemblée s’étonne, s’insurge même. Elle joue l’Opus 77 de... [Lire la suite]
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07 novembre 2019

« Icebergs » de Tanguy Viel

    « Et de même qu’il faudra, dans ce même mythe, que Cronos déchire la surface du ciel pour rendre la vie possible, de même je suis forcé de déchirer la surface de la pensée pour que coule sur la page l’encre nécessaire à son inscription ». En dix promenades littéraires, Tanguy Viel livre ses réflexions, ses manies, ses doutes, ses obsessions sur l’écriture et la littérature. L’art de la mélancolie, le démon de la citation, la défense du négatif.  Il nous conte aussi ses lectures et auteurs : une... [Lire la suite]
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04 novembre 2019

« Lanny » de Max Porter

« Je pense à mon bébé qui dort dans la chambre à côté. Ou qui ne dort peut-être pas. Peut-être qu’il est dans le jardin et qu’il danse avec les elfes et les gobelins. Nous partons du principe qu’il dort comme un enfant normal, mais ce n’est pas un enfant normal, c’est Lanny Greentree, notre petit mystère ». Un petit village anglais tranquille. Du moins en apparence car le Père Lathrée Morte, sorte de créature légendaire, d’esprit sacré de la nature, entend tout ce qui se dit au village. Et la réalité est bien loin d’être... [Lire la suite]
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31 octobre 2019

« Son corps et autres célébrations » de Carmen Maria Machado

Ce recueil de « nouvelles » mêle le fantastique, la science-fiction aux violences sur les femmes et leurs corps. Je n’évoquerai pas tous les textes. Probablement la plus réussie du recueil, Le point du mari raconte la vie amoureuse d’une femme avec son mari sur de nombreuses années. Pour ceux qui ne connaissent pas, le point du mari est un point supplémentaire, effectué sans l'avis de la patiente, pour resserrer davantage le vagin d’une femme après une déchirure ou une épisiotomie pendant l’accouchement. Ce point... [Lire la suite]
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