LES LECTURES DU MOUTON

16 février 2020

« Danser sur tes braises, suivi de Six décennies » d’Ananda Devi

« Tout commence par la perte des eaux ». Et c’est déjà le début de la fin. « L’enfant s’en va et ne cessera plus de s’en aller ». Dans « Danser sur tes braises », Ananda Devi retrace le chemin de la vie à la suite du décès de sa mère. Un chemin qui débute par l’expulsion du ventre maternel comme première perte. La première d’une longue série au fur et à mesure que l’enfant grandit et devient adulte : « Mais j’avais mon chemin à suivre ; mes propres démons à affronter : il me fallut... [Lire la suite]
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12 février 2020

« Au rythme de notre colère » de Guy Gunaratne

« C’est la violence qui a fait cette ville. Ceux qui y vivent depuis toujours grandissent avec elle comme avec un grand frère. En cette ultime journée où la langue des flammes a détruit les dômes et les peintures de notre mosquée, on sait que personne nous sauverait. La fureur était comme une fièvre palpable dans l’air. Un amas pourri de corps battant ensemble au rythme de la douleur et des discours ». Trois potes des Ends, la cité du nord de Londres, se retrouvent au Square pour jouer au foot. Au lendemain d’un meurtre.... [Lire la suite]
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09 février 2020

« Les portes de Thèbes. Eclats de l’année deux mille quinze » de Mathieu Riboulet

« Il a donc fallu que j’accepte l’ouverture de mon corps. Ce n’est pas le moindre des paradoxes du temps : tout se ferme (les hommes, les regards, les frontières, les esprits), et plus tout se ferme plus il me faut ouvrir, c’est la réponse, je ne sais rien faire d’autre. Écrire c’est ouvrir, bien sûr, je sais cela, mais il suffit d’écrire fermé pour que l’élan se perde. Et des livres fermés, il s’en publie à la pelle. Il faut donc s’attacher à écrire des livres ouverts pour raconter des histoires ouvertes, aérer les... [Lire la suite]
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05 février 2020

« La femme révélée » de Gaëlle Nohant

« … je crois que si Tim redoutait les monstres, c’était parce qu’il pressentait que les plus redoutables vivaient parmi nous. Les monstres n’étaient pas là où la presse orientait notre regard. Ils n’habitaient pas ces faces blêmes et vaincues qui levaient leurs mains menottées pour se protéger de l’éclat des flashes. Ils se carraient dans leur fauteuil, acceptaient un bourbon, complimentaient la cuisinière sur son pain de maïs, fumaient le cigare sous la véranda avant de s’en aller dormir d’un sommeil sans rêves ». Gaëlle... [Lire la suite]
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29 janvier 2020

« Un vertige » d’Hélène Gestern

Deux courts textes qui racontent la séparation amoureuse. Comment naît la passion ? Comment finit-elle par s’effacer ? Que faire des sentiments qui traversent l’esprit, des sensations qui submergent le corps quand l’amour n’est plus ? Comment parvenir à oublier l’être aimé ? Autant de questions qu’Hélène Gestern pose, parfois sans avoir la réponse. Elle décortique, dissèque ses propres amours et séparations pour tendre vers l’universel. « [Je] n’imaginais plus pouvoir continuer à raconter une fiction... [Lire la suite]
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26 janvier 2020

« Le chant des marées » de Watson Charles

Le chant des marées. Le chant de la mer qui tangue, de l’océan qui relie le poète à deux terres : celle qu’il a quittée et celle qu’il a rejointe. Le chant d’une mer où le poète remue, oscille, se cogne entre les souvenirs et l’instant présent, tel le ressac. Une douce mélopée comme celle que l’on peut entendre dans les conques. L’écho d’une voix. Dans ce très beau recueil de poèmes, Watson Charles file la métaphore de l’eau, de l’océan pour raconter l’exil. La difficulté de vivre avec les fantômes, les Loas, les ombres du... [Lire la suite]
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22 janvier 2020

« Lake Success » de Gary Shteyngart

« Quand c’est dur avec ma famille, j’aime regarder Trump, parce qu’il me distrait. Quoi qu’il m’arrive à titre personnel, il y a une catastrophe en train de se produire à plus grande échelle ». Barry Cohen est l’homme aux 2,4 milliards d’actifs sous gestion. Un riche New-Yorkais qui aime boire du whisky japonais hors de prix mais aussi collectionner les belles montres. Pourtant, une nuit de 2016, il se retrouve à Port Authority en sang et ivre pour prendre un Greyhound. Il fuit sa femme Seema et son fils autiste de trois... [Lire la suite]
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20 janvier 2020

« Lundi mon amour » de Guillaume Siaudeau

« Je vais vous donner un bon conseil. Pour que les prochains jours de pluie ne soient pas trop pénibles pour vous. Prenez le temps de regarder les gouttes tomber et imaginez tous les kilomètres qu’elles ont parcourus. Vous verrez, le temps de penser à tout ça et il sera déjà l’heure de manger. Pour moi ça marche du tonnerre. Aujourd’hui il ne pleut pas, mais promettez-moi d’essayer demain ». Arrête d’être dans la lune ! Qui n’a jamais eu cette remarque enfant (ou plus grand) ? Oui mais est-ce si mal d’être dans... [Lire la suite]
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18 janvier 2020

« Les couilles sur la table » de Victoire Tuaillon

Connaissez-vous Les couilles sur la table, ce podcast disponible sur Binge qui traite dans chaque épisode une question liée aux masculinités ? J’ai découvert ce podcast un peu par hasard cet été et j’ai apprécié à la fois la liberté de ton et le sérieux du traitement des sujets. La question du genre est une question politique, nécessaire à poser sur la table ; s’intéresser aux masculinités, c’est remettre en question nos structures de pouvoir, nos sociétés. Loin d’être une vague émission, basée sur des témoignages... [Lire la suite]
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14 janvier 2020

« La fabrique du rouge » d’Ariane Jousse

« Partout brûler, ardens, ardoir. Que tout sorte et que tu m’aimes et que je t’aime et prenne forme. Découpe du corps sur fond de chaleur, de juin de certitude de jouir ». Pas un roman, pas un poème mais une forêt. Telle est la description dès la couverture. L’appellation « forêt » est bien trouvée car le lecteur plonge dans un monde qui lui est à la fois familier mais aussi terriblement mystérieux. La forêt c’est le théâtre du songe, des contes de fées mais aussi des légendes cruelles. C’est la selvaggia... [Lire la suite]
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12 janvier 2020

« L’autre pays » de Sébastien Berlendis

Les voyages littéraires en Italie, plusieurs grands noms s’y sont frottés. Il fallait donc un peu d'audace à Sébastien Berlendis pour décrire son propre voyage solitaire qui le mène de Turin aux Pouilles en terminant par Rome. Autant de chapitres que de villes et autant de paragraphes que de souvenirs, de sensations, de rencontres. L’autre pays est celui de l’aïeul Louis parti des Pouilles pour Corbières, le pays des origines que Sébastien Berlendis traverse, voit, hume, sent, ressent. Il est en quête de « ce sentiment de... [Lire la suite]
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09 janvier 2020

« Un monde sans rivage » de Hélène Gaudy

« Leurs corps sont traversés par le paysage, marqués par tout ce qui y traîne, ils s’y fondent, ils s’y perdent, ils se mettent à lui ressembler ». C’est lors d’une visite d’une exposition au musée Louisiana à Copenhague que le regard d’Hélène Gaudy s’attarde sur un cliché représentant trois explorateurs qui ne sont jamais revenus : Salomon August Andrée, Nils Strindberg et Knut Frænkel. En juillet 1897, ils tentent une expédition vers le pôle nord qui tourne vite au désastre. Leur ballon dirigeable les lâche... [Lire la suite]
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05 janvier 2020

« Ouvre les yeux » de Matteo Righetto

« La forêt touffue, compacte, vous cachera et vous engloutira comme le silence profond engloutit un mauvais souvenir. Tu te diras qu’en fin de compte, c’est cela la métaphore parfaite de toute forêt : une représentation de l’intimité, du recueillement et de la dissimulation de soi. Une projection élégiaque. Le contraire de la haute montagne qui est la métaphore parfaite de l’ouverture à l’autre, de la projection de soi. Une tension vers l’infini ». Ce court roman me fascine et m’émeut par sa capacité à être à la fois... [Lire la suite]
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02 janvier 2020

« Champion » de Maria Pourchet

« Cinquante kilos, pas loin d’un mètre au garrot, des dents, des yeux, tout à fait effrayant quand on n’y connaît rien. Par exemple, personne ne sait que ça ne mange quasiment pas les gens, et c’est très bien comme ça. Je l’ai mis natif de Sibérie pour lui donner un passeport et du caractère, je l’ai baptisé Champion pour lui donner un avenir. J’ai adopté Champion l’année dernière par consentement mutuel, je ne m’en sortais plus tout seul, j’avais besoin de soutien. Je vais beaucoup mieux depuis. Quoi qu’en pense M.... [Lire la suite]
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22 décembre 2019

« L’avancée de la nuit » de Jakuta Alikavazovic

« Paul m’a vue telle que j’étais, précisément telle que j’étais, et il m’a aimée. Et il m’aime encore. Malgré lui peut-être ; l’acquiescement, au fond, importe peu. Or un homme qui est capable de cela, de connaître un autre être tel qu’il est et de l’aimer, même dans la trahison, même dans l’absence et l’abandon, cet homme-là mérite l’amour, mérite l’estime, car son cœur bat contre l’époque, car il est dans l’époque comme un nageur contre le courant qui le porte. Tu ne pourras rien au monde qui finit ni à celui qui vient... [Lire la suite]
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19 décembre 2019

« Croire aux fauves » de Nastassja Martin

« À mesure qu’il s’éloigne et que je rentre en moi-même nous nous ressaisissons de nous-mêmes. Lui sans moi, moi sans lui, arriver à survivre malgré ce qui a été perdu dans le corps de l’autre ; arriver à vivre avec qui y a été déposé ». « Je dis qu’il y a quelque chose d’invisible, qui pousse nos vies vers l’inattendu ». Dans notre monde connecté, soumis à la pression, aux rythmes pendulaires et à la pollution urbaine, nous oublions bien souvent qu’au-delà de notre humanité, nous sommes en tout premier... [Lire la suite]
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15 décembre 2019

« Histoire d’un rêve » de Gary Younge

Qu’est-ce qui permet à un discours de devenir historique, de rester ancré dans les mémoires ? La force de celui-ci, l’aura de celui qui en est l’auteur et l’interprète, le contexte politique, le moment où il a été prononcé, sa portée ? Et si finalement c’est un peu tous ces éléments à la fois. Dans cet ouvrage, Gary Younge interroge la naissance et la portée de I Have a Dream de Martin Luther King, prononcé le 28 août 1963 lors de la Marche sur Washington. La situation politique américaine est favorable à ce discours en 1963... [Lire la suite]
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11 décembre 2019

« Histoires » de Marie-Hélène Lafon

Ma rencontre avec Marie-Hélène Lafon date de 2014 avec la sortie de son roman Joseph. J’ai été confrontée à la fois à un monde paysan rude, où les émotions ne semblent pas avoir leur place et à une langue d’une puissance incroyable, à la chair débordante. Parce que lire Marie-Hélène Lafon, c’est se frotter à une langue qui suinte, qui transpire, qui ressent, qui vibre. À travers les récits de ces hommes et de ces femmes du Cantal, taiseux, à leur « juste place » dans un quotidien âpre, l’autrice nous livre des corps.... [Lire la suite]
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08 décembre 2019

« Je transporte des explosifs on les appelle des mots » - Poésie et féminismes aux États-Unis

C’est ce titre, superbe, qui a attiré mon attention. Puis, le sous-titre a ajouté une couche. Je me suis donc lancée dans la lecture de cette anthologie de poèmes féministes écrits entre 1969 et aujourd’hui par des poétesses américaines. Tous les poèmes sont en version bilingue et je salue cette idée même si je suis une buse en anglais. Nous y trouvons ainsi Audre Lorde, Jan Clansen, Adrienne Rich, Dorothy Allison, Irena Klepfisz… Cette anthologie est précédée d’un essai écrit par Jan Clansen en 1982 expliquant la place de la... [Lire la suite]
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06 décembre 2019

« Prins » de César Aira

« Ce que tu n’as jamais compris, c’est qu’écrire est secondaire. Avant il y a l’homme, l’amant, et dès l’instant où l’homme et l’amant sont tombés dans la feuille blanche de l’oubli, il n’est plus resté que le monstre froid et destructeur ». Voilà un roman hallucinant, pour ne pas dire hallucinatoire si je fais le lien avec l’opium, héros à lui tout seul de cette histoire complètement barrée. Le titre suscite déjà des interrogations. Une note à la fin du livre précise que Prins vient d'Arturo Prins, un architecte qui a... [Lire la suite]
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