LES LECTURES DU MOUTON

16 septembre 2019

« Les fillettes » de Clarisse Gorokhoff

« L’enfance est irréparable. Voilà pourquoi, à peine advenue, nous la poussons gentiment dans les abîmes de l’oubli. Mais elle nous court après – petit chien fébrile – et nous poursuit jusqu’à la tombe. Comment peut-on en garder si peu de souvenirs quand elle s’acharne à laisser tant de traces ? » Que garde-t-on de l’enfance ? Les sourires, les rires, les glaces qui fondent au soleil ? Ou alors des remarques blessantes comme « Ta mère, elle est bizarre d’abord », une mère aimante mais complètement... [Lire la suite]
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10 septembre 2019

« Onanisme » de Justine Bo

« Cette nuit, je rejoins le bunker. Pas un corps sur la crique. Demain, on brûle Saïd. À mesure que je vais et viens, la mer grandit et rapetisse. Jouir jusqu’à tout vivre. Jusqu’à tout mourir. Tout aimer. Tout haïr. Jouir en naufrage. Sentir la houle du navire conquérant et le désastre de la noyade. Jouir à tout accepter. À tout renoncer. Jouir à ne plus jouir. Jouir à ne plus rien ». Cerbère, ville des Pyrénées-Orientales. Cerbère, ville qui porte si bien son nom. Tout n’est que chaleur et enfer. Cerbère, une ville en... [Lire la suite]
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03 septembre 2019

« Jolis jolis monstres » de Julien Dufresne-Lamy

« Pour les queens, il existe trois types de performance. Celle qui reproduit l’image hétéronormative. Celle qui la rejette. Et celle qui la déplace. Pour ce soir, je choisis la troisième. Je veux être différente. Briser les conventions. Réunir les hommes et les femmes, les belles pédales et les beaux fils à papa. Dans mon numéro, je vais marier les refoulés, les touristes, les locaux, les malades. Faire des nœuds dans les genres. Les bisexuels, les lesbiennes et les trans. Eclater le binaire. Faire de l’identité une grande... [Lire la suite]
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30 août 2019

« Baïkonour » d’Odile d’Oultremont

« La surface de l’océan danse comme une ballerine. Après toutes ces années, Anka est devenue, à force d’observation et de toute son attention, la spécialiste de ses chorégraphies. La mer, comme les artistes, a ses périodes : son talent et sa virtuosité se situent au point de convergence entre la puissance des flots et leur lyrisme ; l’un prenant le pas sur l’autre au fil des jours. Avant, il lui arrivait, c’était assez fréquent, de passer de longs moments assise face au colosse et dans cette position du lotus, les... [Lire la suite]
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26 août 2019

« Civilizations » de Laurent Binet

« Pour nous qui les contemplons longtemps après que l’histoire du monde a rendu son verdict, les augures semblent toujours d’une clarté implacable. Mais la vérité du présent, quoique plus brûlante, plus bruyante et pour tout dire plus vivante, s’offre bien souvent dans une forme plus confuse que celle du passé, ou parfois même de l’avenir ». Et si les Incas avaient envahi les Européens et non le contraire ? C’est sur cette uchronie toute simple mais ô combien vertigineuse que Laurent Binet a écrit Civilizations. Il... [Lire la suite]
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23 août 2019

« UnPur » d’Isabelle Desesquelles

Août 1976. Venise. Deux jumeaux de huit ans sont en vacances avec leur mère. Cette dernière, fantasque, les appelle Benjaminquejetaime et Julienquejetaime. Trois minutes d’inattention et Benjamin est kidnappé par un homme. Pourquoi lui ? Pourquoi pas Julien ? Pourquoi pas un autre ? Pendant huit années, il est enfermé dans un appartement de Bari avec le Gargouilleur. Cet homme, qui le viole à intervalles réguliers, fait aussi de lui son appât pour capturer d’autres enfants. Devenu adulte, Benjamin découvre ses... [Lire la suite]
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08 août 2019

« La langue géniale » d’Andrea Marcolongo

Le grec ancien est pour moi une histoire d’amour contrariée. Au collège, plusieurs personnes m’avaient convaincue que le grec était trop difficile et j’avais été quelque peu effrayée par le prof, curieux mélange de Jésus et Charles Manson. Je fis du latin non sans une pointe de regret. Après le bac, je suis partie en fac d’histoire. J’ai découvert que je n’aimais pas l’histoire médiévale et l’histoire romaine. J’étais naturellement tournée vers l’histoire moderne, contemporaine... et grecque ! Alors que j’envisageais un mémoire de... [Lire la suite]
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01 août 2019

« Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » d’Emil Ferris

« Pour les enfants, les adultes semblent toujours libres. Mais en vérité, il y en a beaucoup qui sont comme prisonniers. Et si on se demande qui les retient, 9 fois sur 10 d’après ce que je sais, ce sont les fantômes qui les hantent »  Que dire de cet ouvrage sans être dithyrambique ? Tout, je dis bien absolument TOUT m’a plu. Le dessin d’abord. Présenté comme un cahier, une sorte de journal intime, ce roman graphique est un véritable chef-d’œuvre. Les dessins d’Emil Ferris au stylo-bille sont précis et d’une... [Lire la suite]
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30 juillet 2019

« Mary Ventura et le neuvième royaume » de Sylvia Plath

Une jeune fille, Mary Ventura, est sur le quai d’une gare pour prendre un train. Ses parents la pressent de monter dedans malgré ses réticences : « Maman, je ne peux pas partir aujourd’hui. Je ne peux vraiment pas. Je ne suis pas prête à faire le voyage ». Dans le train, elle se lie avec une autre voyageuse qui lui explique que le train ne s’arrêtera pas avant le terminus, à savoir le Neuvième Royaume, lieu où tout le monde semble se résigner à aller. Mais c’est sans compter le talent de Sylvia Plath qui offre une chute... [Lire la suite]
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22 juillet 2019

« À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie » d’Hervé Guibert

« Dans la cour de l’hôpital éclairée par ce soleil de juin qui devenait la pire injure au malheur, je compris, pour la première fois car quand Stéphane l’avait dit je n’avais pas voulu le croire, que Muzil allait mourir, incessamment sous peu, et cette certitude me défigura dans le regard des passants qui me croisaient, ma face en bouillie s’écoulait dans mes pleurs et volait en morceaux dans mes cris, j’étais fou de douleur, j’étais Le cri de Munch ». Hervé Guibert expose le mal qui le ronge avec force, violence,... [Lire la suite]
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16 juillet 2019

« La douce indifférence du monde » de Peter Stamm

« Je ne veux pas savoir ce que me réserve l’avenir, mais j’aime l’idée qu’il est déjà écrit, que tout ce qui m’arrive est déjà arrivé à quelqu’un, que tout cela a un rapport et un sens. Comme si ma vie était une histoire. Je crois que c’est ça que j’ai toujours aimé dans les livres. Le fait qu’ils sont irrévocables ». C’est le titre emprunté à L’Étranger de Camus qui attire au départ. Il faut parfois peu de choses. Et puis, la claque pour cette première plongée dans l’univers de Peter Stamm, auteur suisse de... [Lire la suite]
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11 juillet 2019

« Ma dévotion » de Julia Kerninon

« On oublie souvent que ce sont les ascenseurs qui ont permis les gratte-ciel […]. Avec la naissance de la charpente métallique, les architectes n’ont plus connu de frein à leurs ambitions, et l’ascenseur a permis d’envisager les cimes les plus hautes. Tu te demandes sans doute où je veux en venir. De la même façon, c’est toi, je crois, qui a permis Franck. Et, comme les ascenseurs avec les gratte-ciel, je crains que personne n’en parle jamais ». Helen croise par hasard Franck dans les rues de Londres. Elle ne l'a pas vu... [Lire la suite]
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07 juillet 2019

« Minuit en mon silence » de Pierre Cendors et « Par-delà nos corps » de Bérangère Cournut

« La poésie fait un poème de tout, madame, de la vie, du hasard, même de la mort d’un soldat. Un poème écrit avec son sang. Je ne souhaite à personne d’être poète. Votre vie ne vous appartient pas plus que votre mort. On vous croit le plus libre des hommes, mais c’est une liberté dont on ne s’évade pas » (Pierre Cendors). « Puis, avec le temps, je me suis aperçue que les femmes ont un autre moyen de créer, beaucoup plus puissant. Ce n’est pas seulement parce qu’elles sont dominées par les hommes qu’elles pratiquent... [Lire la suite]
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02 juillet 2019

« Douleur » de Zeruya Shalev

« Cette brève rencontre, muette, aura suffi pour que sa vie lui apparaisse tel un corps usé, balafré et inutile. Elle ne s’en est pas sortie et ne s’en sortira jamais, elle fait juste semblant depuis presque trente ans, n’est-il pas temps de cesser ? Elle l’a revu aujourd’hui et en a été aussi ébranlée que si elle avait vu le terroriste responsable de l’explosion du bus, n’est-ce pas le genre de chocs que ne débouchent que sur deux possibilités : mordre la vie à pleines dents, y planter ses ongles, ou, au contraire,... [Lire la suite]
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27 juin 2019

« L’Amérique derrière moi » d’Erwan Desplanques

    « Un homme doit s’asseoir ici et poser toute l’Amérique derrière lui » - Henry David Thoreau. Comment devenir père quand le sien va mourir ? Erwan Desplanques apprend le décès prochain de son père et la grossesse de sa femme pendant les fêtes de Noël 2013.  De ces deux événements concomitants, l'auteur livre un beau roman autobiographique. Son double littéraire se remémore avec tendresse mais sans complaisance son enfance et son adolescence avec des parents très romanesques. « Ton père et... [Lire la suite]
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23 juin 2019

« Sorcières. La puissance invaincue des femmes » de Mona Chollet

Sorcières. Nous avons tous en tête des images de sorcières dans les dessins animés, les films ou les livres. Bien souvent, ce sont de vieilles femmes méchantes que l’on doit tuer pour rétablir l’harmonie. Il faut attendre la fin du XXe siècle pour voir apparaître des personnages plus positifs même s’ils n’échappent pas aux stéréotypes : Samantha de La sorcière bien aimée, Sabrina, les sœurs Halliwell de Charmed ou encore Hermione dans Harry Potter. Aujourd'hui, la sorcière est devenue un symbole de la lutte féministe. Avant... [Lire la suite]
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18 juin 2019

« Un soir au paradis » de Lucia Berlin

Il me semble impossible de parler de ce recueil de nouvelles sans évoquer d’abord l’autrice, d’autant plus si, comme moi, vous n’avez pas lu Manuel à l’usage des femmes de ménage. Lucia Berlin a tout eu sauf une vie conventionnelle. Mariée trois fois, mère de quatre fils qu’elle finit par élever seule, elle a vécu à Santiago du Chili, New York, Acapulco, Alburquerque. Alcoolique, elle fréquente de nombreux centres de désintoxication avant de devenir sobre dans les vingt dernières années de sa vie. Son second mari, Buddy Berlin,... [Lire la suite]
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15 juin 2019

« Exploration du flux » de Marina Skalova

« C’est désespérant, d’avoir affaire à l’humanité ». Les flux, notre quotidien. L’information nous assaille sur les réseaux sociaux. Les flux de capitaux se font nombreux avec la mondialisation. Nos corps sont eux-mêmes sujets à des flux comme les marées viennent donner vie aux océans. Et puis, il y a les flux migratoires. Des marées humaines qui se fracassent contre « la forteresse », cette Europe qui se barricade pour se protéger de la tempête. Cette Europe qui observe de loin les écumes de ces corps sans vie... [Lire la suite]
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10 juin 2019

« King Kong Théorie » de Virginie Despentes

« … je suis verte de rage qu’en tant que fille qui intéresse peu les hommes, on cherche sans cesse à me faire savoir que je ne devrais même pas être là ». J’ai lu cet essai de Virginie Despentes datant de 2006 d’une traite, happée par cette langue crue et par ses propos que j’ai ressentis de façon violente mais qui sont portés par une vérité dérangeante. Les hommes ont peur, dit Virginie Despentes, des féministes qui n’auraient qu’une volonté : les déviriliser. « C’est tout de même épatant, et pour le moins... [Lire la suite]
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04 juin 2019

« Antonia. Journal 1965-1966 » de Gabriella Zalapí

« Je dois tuer en moi la passivité, je dois tuer en moi ces réflexes de femme soumise, je dois tirer un coup de fusil sur mon immobilisme. Ma parole n’a aucune conséquence. Ça sent le scandale de la fin et ça n’en finit pas. J’aimerais être plus présente pour mon fils mais je n’y arrive pas. Je ne peux pas être une mère à partir de ce que je suis. Ce terme « mère » résonne comme une impossibilité profonde. Il me projette à la fois dans le mensonge et le rejet. Je ne trouve pas ma place. Je suis une imposture ». ... [Lire la suite]
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