LES LECTURES DU MOUTON

13 novembre 2018

« Des mirages plein les poches » de Gilles Marchand

« C'était un petit bateau, pas grand-chose en apparence, mais le bout d'un rêve, c'est forcément un grand quelque chose ». Après avoir dévidé le fil des nouvelles du recueil de Gilles Marchand, j’ai eu bien du mal à rembobiner l’ensemble. Le fil s’était distendu, avait subi des accros, s’était emmêlé sans que je m’en rende compte. J’ai beau avoir lu quelques nouvelles de l’auteur et ses romans, je crois que c’est vraiment la première fois que je mesure à quel point il a le sens de la tragédie et de la mélancolie.... [Lire la suite]
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09 novembre 2018

« Idiotie » de Pierre Guyotat

« Les poux sautent sur les poils des narines, sur le petit duvet entre elles et le retroussis des lèvres grosses fraîches qui tremblent d’un cauchemar où il faut parler, trouver les mots qui sauvent devant le monstre. Plus bas, les fesses se recambrent dans un ronronnement, sous le haillon je vois qu’un short court aux plis rougis par le halo du bateau qui s’immobilise les moule, troué jusque le devant, dans l’évasement des cuisses, une braguette d’où pend un bouton ; la jointure braguette ourlet de jambe est déchirée, du... [Lire la suite]
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05 novembre 2018

« Dévotion » de Patti Smith

« L’inspiration est la quantité imprévue, la muse qui vous assaille au cœur de la nuit. La flèche vole et on n’est pas conscient d’avoir été touché, on ignore qu’une multitude de catalyseurs, étrangers les uns aux autres, nous ont clandestinement rejoint pour former un système à part, nous inoculant les vibrations d’un mal incurable – une imagination brûlante – à la fois impie et divine ». Quatrième fois que je lis Patti Smith après Just kids, Glaneurs de rêves et M. Train. Autant dire que j’attendais ce nouvel opus avec... [Lire la suite]
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31 octobre 2018

« Helena » de Jérémy Fel

« Un miroir était accroché au mur. Dans son reflet, il vit ce visage encerclé d'ombre, pâle et logicien, un visage qui n'était pas le sien. Et quand, de stupeur, il ouvrit la bouche, scintillèrent en rafale ses dents acérées. Et, dans son regard perfide, s'embrasa le doux éclat du désir de tuer ». « Je ne sais pas où se trouve la Contrée du Kansas et je n'en ai même jamais entendu parler. Dites-moi, est-ce un pays civilisé ? » (Le Magicien d'Oz) Je n’aime pas les thrillers. Je n’aime pas les ambiances américaines en... [Lire la suite]
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30 octobre 2018

« Sujet inconnu » de Loulou Robert

    « Ma main prend le stylo. L’encre noire. Les mots qui coulent. Quels mots ? Plus tard. Je saurai plus tard. Souvenirs de ces quatre lignes sur l’homme passé. Lucien, le sans-abri et tant d’autres. Tant d’autres choses à dire. Quoi ? Je ne sais pas. Je saurai plus tard. J’ai des ressources. Conscient. Inconscient. En marche. Qui contrôle ? Je tiens le stylo. Toute la vie qui jaillit. Je me préparais. On y est. J’ai le temps. Du temps… Cette fois, oui. Le temps est mon ami ». Elle ne se nomme... [Lire la suite]
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26 octobre 2018

« La blessure » de Jean-Baptiste Naudet

« En Algérie, c’est pire. Le jardin d’Éden kabyle se révèle être un bourbier sanglant. Des charognes qui hantent leurs nuits. Cadavres oscènes et grimaçants troués de balles, dégoulinants de sang et de cervelle blanchâtre. Corps aux yeux crevés, aux couilles coupées. Le « paradis kabyle » promis est un enfer. Dans cette ambiance « virile », dans ce si joli bourbier, personne n’ose le dire mais tous ont la trouille d’y passer. Les horreurs laissent dans leurs têtes des blessures invisibles. Parfois ceux qui... [Lire la suite]
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23 octobre 2018

« Tous les hommes désirent naturellement savoir » de Nina Bouraoui

« Je me demande parmi la foule qui vient de tomber amoureux, qui vient de se faire quitter, qui est parti sans un mot, qui est heureux, malheureux, qui a peut ou avance confiant, qui attend un avenir plus clair. Paris s’ouvre à moi, je traverse la Seine, je marche avec les hommes et les femmes anonymes et pourtant ils sont mes miroirs. Nous formons un seul cœur, une seule cellule. Nous sommes vivants ». « Devenir » une femme qui aime les femmes dans le Paris des années 80 où règne la drogue et émerge le Sida. ... [Lire la suite]
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22 octobre 2018

« Tu t’appelais Maria Schneider » de Vanessa Schneider

« Comme tant d’autres de ta génération, tu as rejoint la cohorte des vedettes déchues, flétries par les abus, rejetées par une époque où les rebelles n’ont plus de place. Tu n’es plus la célébrité de mon enfance, celle que l’on reconnaît dans la rue et que l’on regarde en frissonnant de terreur, d’excitation et d’envie. Tu restes ma cousine pour laquelle je cultive une fascination à la fois tendre et morbide. Un bijou de famille cassé et précieux, gardé au fond d’un tiroir secret ». Maria Schneider est morte en 2011. Pour lui... [Lire la suite]
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21 octobre 2018

« Une année lumière » de Nathacha Appanah

« Je sens parfois, malheureusement, que l’anesthésie au monde me guette, que parfois un malheur ressemble trop à un autre dans la façon dont on nous le raconte vite et bruyamment. Toutes ces narrations aux contours grossiers de la misère et des marges qui s’embrouillent pour ne former qu’un fatras à nos yeux […] Alors, cette année quand la petite fille que j’ai été est revenue me voir, je ne l’ai pas tenue à l’écart. Jamais il ne m’a semblé avoir autant besoin de pensées magiques, de grigris et d’oiseaux dansant dans le ciel […]... [Lire la suite]
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19 octobre 2018

« Comme un lundi » de Thomas Vinau

« Mon doigt qui te montre la lune. Pour la première fois. Tu vois mon doigt. Tu vois la lune. Tu ne regardes pas mon doigt. Tu ne regardes pas exactement la lune. Tu regardes plus loin que la lune. La lumière qui ne se voit pas dans le grand noir infini de l’espace et de la nuit. Je voudrais te dire, vivre c’est ça. C’est montrer la lune à quelqu’un. Et partager en silence ce qu’il y a derrière. Partager la lumière qui ne se voit pas dans le grand noir infini de l’espace et de la nuit ». C’est toujours avec un grand... [Lire la suite]
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17 octobre 2018

« Les billes du Pachinko » d’Elisa Shua Dusapin

Claire est franco-coréenne. Elle décide de passer ses vacances chez ses grands-parents au Japon. Emigrés coréens, ils n’ont jamais réussi à véritablement s’intégrer dans ce pays dont il ne maîtrise pas vraiment la langue. Le grand-père de Claire tient un Pachinko, un jeu de billes qui se rapproche d’un jeu de casino. Claire profite de son voyage pour dispenser des cours de français à la jeune Mieko mais aussi pour préparer un voyage en Corée en famille. Elle souhaite que ses grands-parents puissent revenir sur leur terre natale... [Lire la suite]
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14 octobre 2018

« Ça raconte Sarah » de Pauline Delabroy-Allard

« Ça raconte Sarah, sa beauté inédite, son nez abrupt d’oiseau rare, ses yeux d’une couleur inouïe, rocailleuse, verte, mais non, pas verte, ses yeux absinthe, malachite, vert-gris rabattu, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte le printemps où elle est entrée dans ma vie comme on entre en scène, pleine d’allant, conquérante. Victorieuse ». Ça raconte Sarah, une tornade de trente-cinq ans qui fait irruption avec éclat dans la vie de P. un 31 décembre. Ça raconte une évidence, celle de l’amour quand il... [Lire la suite]
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09 octobre 2018

« Réelle » de Guillaume Sire

  « Et tu crois que la prochaine étape, c’est quoi? Le mariage? Un jour il te fera mal. Les bourges, à un certain stade, il n’y a que ça qui les excite : la douleur. Pour eux, il s’agit d’une vérification ». Existe-t-il plus belle autofiction que la participation à un jeu de téléréalité ? Quand la TV joue avec les codes habituels de la littérature, ça va loin mais ça fait plus mal aussi. Nous sommes dans les années 90. Johanna est une adolescente d’un milieu modeste. Elle va au collège, sort avec sa... [Lire la suite]
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26 septembre 2018

« Hôtel Waldheim » de François Vallejo

  « Personne n’arriverait à croire qu’une survivance des moyens de communication les plus archaïques comme une carte postale puisse bouleverser un homme, moi, la vie d’un homme, la mienne ; une carte postale ». Jeff Valdera mène une vie paisible quand son quotidien est troublé par l’arrivée d’une carte postale : « ça vous rappel queqchose ? » Derrière ce texte au français approximatif, une photo d’un hôtel. Plusieurs autres cartes sont envoyées. Jeff finit par comprendre que ces messages,... [Lire la suite]
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25 septembre 2018

« La vraie vie » d’Adeline Dieudonné

« J'aurais aimé que quelqu'un, un adulte, me prenne par la main et me mette au lit. Replace les balises dans mon existence. M'explique qu'il y aurait un lendemain à ce jour, puis un surlendemain, et que ma vie finirait par retrouver son visage. Que le sang et la terreur allaient se diluer. Mais personne n'est venu ». Le Démo. Des pavillons comme des préfabriqués. Un père qui travaille dans un parc d’attractions. Une mère qui s’occupe de ses chèvres. Un petit frère, Gilles, qui aime les glaces. Une vie qui pourrait... [Lire la suite]
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18 septembre 2018

« Einstein, le sexe et moi » d’Olivier Liron

« Un auteur à suivre », tels sont les mots que je disais dans ma chronique de Danse d’atomes d’or en novembre 2016 (lien sous la présente chronique). Je suis heureuse de ne m’être pas trompée ! Olivier Liron signe un second roman d’une grande beauté et humanité, dans la ligne droite de sa pièce de théâtre La vraie vie d’Olivier Liron. En 2012, Olivier Liron, jeune homme de vingt-cinq ans, décide de participer au célèbre Questions pour un champion. Pendant tout un été, il s’enferme pour ingurgiter des listes... [Lire la suite]
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13 septembre 2018

« Comme si j’étais seul » de Marco Magini

« Je ne réponds pas, c’est comme si je comprenais soudain la signification véritable de toutes ces années dans l’armée. J’ai vécu en croyant à un mensonge auquel je ne peux plus croire, j’ai vécu en cherchant à me convaincre que je ne faisais qu’exécuter les ordres, que je portais à destination des caisses de munitions, comme s’il s’agissait d’une bien parmi d’autres, comme si je ne savais pas à quoi elles servaient vraiment. Ce que j’ai fait n’était pas un travail comme un autre, un emploi pour survivre. J’ai décidé de prendre... [Lire la suite]
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12 septembre 2018

« Tout foutre en l’air » d’Antoine Dole – « Highline » de Charlotte Erlih

« Tu crois qu’ils comprendront ? Tu crois qu’ils m’en voudront ? Est-ce que tu penses qu’ils s’en rendront seulement compte ? Mon absence, comme un point de néant. Et leurs vies, lancées à cent à l’heure, impossibles à saisir, à attraper, à garder contre soi, est-ce que leur monde à eux s’arrêtera de tourner même une brève seconde ? Combien de fois j’ai eu l’impression de vivre en dehors de tout cela, à côté, en marge. Mon existence sur leurs contours, jamais tout à fait dans leurs vies à eux ». (Tout... [Lire la suite]
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11 septembre 2018

« Simple » de Julie Estève

« La chaise, elle est perdue comme moi au soleil, et le soleil craque sur ma tête mais je m’en cogne d’être rouge, d’être fou de chaleur, j’en profite parce qu’il chasse les autres dans les lits et les fauteuils à bascule, ils dorment dans leur coin et moi, j’ai la paix ! Là, on entend rien que les mouches et les frelons qui passent et qui dérangent le silence, on leur dit rien à eux, ils sont peinards les insectes ». « Franchement j’ai été bluffée par l’auteur. J’ai l’impression qu’on a affaire à du très lourd... [Lire la suite]
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07 septembre 2018

« Douce » de Sylvia Rozelier

« J’ignore quand mon corps a commencé à en porter la trace, se retrancher, se reculer imperceptiblement quand on m’approchait, d’un geste de rien d’abord, un raidissement, quand j’ai cessé de dire ce que je pensais, n’ai plus su m’exprimer, ai perdu les mots, les repères, la syntaxe, la mémoire, quand j’ai balbutié. Quand j’ai baissé la tête, les yeux, courbé l’échine, évité certains sujets, certains regards, certaines confrontations. Ce n’était pas arrivé d’un coup, ça s’était installé puis diffusé ». Jusqu’où peut-on... [Lire la suite]
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